Lac glaciaire turquoise éclatant enclavé entre falaises abruptes et sommets himalayens dans la région reculée du Dolpo, à l'extrême ouest du Népal
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Le lac Shey Phoksundo

"Phoksundo, c'est la couleur que prend un lac quand presque personne n'a eu le droit de le déranger."

Un lac glaciaire turquoise dans le Haut Dolpo, si vif qu'il semble retouché, cerné de falaises, de chörtens et de l'un des plus anciens monastères Bön du Népal.

J’avais lu des années durant des descriptions de la couleur de Phoksundo avant de le voir, et j’avais supposé, comme on le fait toujours, que les photos étaient exagérées. Elles ne l’étaient pas. Le lac se trouve à près de 3 600 mètres d’altitude, à l’intérieur du parc national de Shey Phoksundo, et l’eau y est d’un turquoise si saturé qu’elle semble éclairée par en dessous — un tour de passe-passe minéral fait de limon glaciaire et de profondeur qu’aucun filtre en ma possession n’est jamais parvenu à reproduire honnêtement.

Y arriver, c’est déjà la randonnée

Il n’existe aucun raccourci vers le Dolpo. Depuis la piste d’atterrissage de Juphal, il faut compter quatre à cinq jours de marche à travers la forêt de pins, en passant par le village bouddhiste Bön de Ringmo, avant que le lac ne se révèle à un tournant du sentier. Ringmo mérite d’ailleurs qu’on s’y attarde — un ensemble de maisons de pierre aux toits plats et un monastère Bön, la plus ancienne tradition prébouddhiste survivante du plateau tibétain, encore pratiquée ici en grande partie à l’abri du tourisme sectaire qui a redessiné tant d’autres coins de l’Himalaya.

Chörtens de pierre et drapeaux de prière au-dessus du village de Ringmo près du lac Phoksundo

Un soir, je me suis assis avec un moine Bön qui m’a expliqué, patiemment et visiblement amusé par ma confusion, que le Bön précède le bouddhisme au Tibet et que les motifs de svastika peints sur les murs du monastère tournent dans le sens antihoraire plutôt qu’horaire — l’inverse de la version bouddhiste. Je n’avais jamais envisagé qu’un même symbole puisse porter deux significations entièrement séparées selon le sens dans lequel il s’enroule.

Un lac sans poissons

La légende locale veut que Phoksundo n’ait pas de poissons parce qu’une divinité locale l’aurait interdit après que la cupidité d’un pêcheur eut mis en colère l’esprit du lac. Quelle que soit l’explication, l’eau est bel et bien sans poissons, et l’effet produit est une immobilité qui semble presque conçue — rien qui remonte à la surface, rien qui fasse de ride, juste du vent sur du verre. J’ai suivi le sentier au-dessus de la rive nord du lac jusqu’à la cascade qui l’évacue, l’une des plus hautes du Népal, et je suis resté là un long moment à ne rien faire d’utile.

La cascade se déversant du lac Phoksundo à travers une gorge étroite

Le système de permis en vigueur ici — une taxe de zone restreinte qui s’ajoute à l’entrée du parc — maintient les chiffres de fréquentation réellement bas, ce qui est rare pour un endroit aussi photogénique. J’ai croisé peut-être une douzaine d’autres randonneurs étrangers en cinq jours, dont la moitié se dirigeait vers les cols plus élevés menant à Shey Gompa, une randonnée supplémentaire que je n’avais plus les jours nécessaires pour tenter. J’ai déjà décidé d’y revenir.

Quand y aller : de fin mai à octobre, c’est la seule fenêtre réaliste, puisque les hauts cols menant au Dolpo ferment sous la neige le reste de l’année. Septembre et début octobre offrent les ciels les plus dégagés juste après la mousson, mais la randonnée nécessite un permis de zone restreinte et, généralement, un guide enregistré.