Ukulhas
"Lia l'a résumé mieux que quiconque : c'est la seule île où nous soyons allés qui semblait balayée, et non mise en scène."
Une île sans voitures, bordée de corail, où toute une communauté a décidé que le paradis mérite d'être balayé chaque matin.
Nous avons failli ne jamais aller à Ukulhas. Toutes les brochures de resort que Lia trouvait en ligne montraient la même villa sur pilotis, la même piscine à débordement se fondant dans le même horizon turquoise, et à force, tout finissait par ressembler à la même photo avec un logo différent. Puis un propriétaire de guesthouse à qui nous avions écrit presque par hasard a mentionné, comme en passant, que son île de l’atoll d’Alif Alif ne comptait pas une seule voiture. C’en était fini de nos hésitations : nous avons réservé le transfert en hors-bord dans l’heure qui suivait.
Ce qui m’a frappé en premier, ce n’était pas l’eau, même si l’eau est réellement quelque chose, c’était le sol. Ukulhas fait partie de ces îles locales qui se sont ouvertes aux voyageurs indépendants après le changement de réglementation maldivienne de 2009, autorisant le tourisme sur les îles habitées au lieu de le cantonner derrière les portes des resorts, et on sent cette histoire sous ses pieds. Les ruelles de sable sont ratissées, les poubelles sont triées par couleur, et l’île applique depuis le début des années 2010 un système de tri des déchets qui lui a valu la réputation d’être l’une des îles les plus propres du pays. J’ai posé la question à notre hôte pendant le petit-déjeuner, il a simplement haussé les épaules, comme si c’était une évidence de prendre soin du seul foyer que l’on possède.

Lia est la plongeuse en snorkeling du couple, moi je suis plutôt du genre à patauger jusqu’aux genoux et à admirer depuis une distance prudente, mais même moi je me suis laissé happer par le récif frangeant. Il est peu profond et calme, juste au large de la plage où l’on se baigne, si bien qu’on n’a besoin ni de bateau, ni de guide, ni même de beaucoup de courage : on avance simplement au-delà des genoux et le corail commence déjà. Elle est revenue de sa première baignade en parlant pendant bien vingt minutes, au déjeuner, d’un poisson-perroquet gros comme son avant-bras.

Les soirées ici s’écoulent à un rythme que j’avais presque oublié. Pas de moteurs, pas de klaxons, juste des sonnettes de vélo et, de temps à autre, l’appel à la prière flottant au-dessus des toits. Un soir, nous avons mangé du poisson de récif grillé sur la terrasse d’une guesthouse en regardant tout le ciel virer à l’orange, puis au rose, puis à ce violet profond et meurtri qui ne semble exister qu’au-dessus de l’eau, et je me souviens m’être dit que cette île discrète et sans prétention avait, sans même y penser, surpassé en romantisme toutes les brochures de resort que nous avions feuilletées.
Quand y aller : Nous y sommes allés en février, en plein dans la fenêtre de décembre à avril, et nous avons eu une mer plate et calme presque tous les jours, idéal si faire du snorkeling sur le récif frangeant est l’objectif principal du voyage.