Un banc de sable peu profond turquoise-vert en pleine eau au large de Nosy Be, avec une pirogue en bois ancrée à proximité et aucune terre visible à l'horizon
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The Emerald Sea

"Il n'y a pas d'île sous vos pieds — juste du sable, du soleil, et environ un mètre de l'eau la plus verte dans laquelle je me sois jamais tenu debout."

Un banc de sable mouvant au large de Nosy Be où le lagon vire à un vert-or invraisemblable, et où l'on peut se tenir debout, à l'eau jusqu'à la taille, à un kilomètre de toute côte.

J’avais vu des photos avant d’y aller, de celles qui circulent sur les comptes de voyage avec des légendes promettant un « lagon secret », et j’avais supposé, comme je le fais d’habitude avec ce genre de contenu, que la réalité serait décevante. Elle ne l’a pas été. La Mer d’Émeraude — les habitants l’appellent Nosy Antsoha ou simplement la mer d’émeraude selon à qui l’on demande — est une étendue de banc de sable entre Nosy Be et les îles plus petites à l’ouest, submergée à marée haute et transformée en un plateau de sable praticable à marée basse, et l’eau qui la recouvre prend une couleur pour laquelle je n’ai vraiment pas de meilleur mot que « émeraude », rétroéclairée d’or dans les hauts-fonds où le sable transparaît.

Y arriver, c’est déjà la moitié du plaisir

On y accède en pirogue ou en bateau à moteur depuis Ambatoloaka ou Djamandjary, en se faufilant entre des chenaux de mangrove avant que l’eau ne s’ouvre et que le changement de couleur ne survienne presque d’un coup — le bleu profond de l’océan cédant, sur l’espace de quelques longueurs de bateau, à ce bas-fond vert-or pâle qui semble luire de l’intérieur. Mon batelier, un gaillard nerveux nommé Rasoa qui avait manifestement fait cette traversée des milliers de fois, a coupé le moteur bien avant que nous n’atteignions le banc de sable lui-même et nous a laissés dériver sur le dernier tronçon, disant quelque chose sur le respect dû à l’eau que je n’ai pas tout à fait saisi mais que j’ai compris quand même.

Une vue en légère plongée sur le banc de sable peu profond et turquoise de la Mer d'Émeraude, le sable visible à travers une eau impossiblement claire

Debout au milieu du chenal

À marée basse, on peut réellement sortir du bateau et se tenir debout — l’eau aux genoux, puis aux chevilles en marchant vers le point le plus haut du banc de sable, avec pour seul horizon le ciel et le bateau qui vous a amené. C’est une sensation étrange, légèrement vertigineuse, que d’être debout en pleine eau sans île en vue, comme se tenir sur le rebord très littéral de quelque chose. J’ai flotté sur le dos un moment, porté par le sel, regardant les frégates travailler les courants thermiques au-dessus de moi, et j’ai perdu le compte du temps que j’y avais passé jusqu’à ce que Rasoa m’appelle pour dire que la marée commençait à tourner.

Le tournant de la marée

C’est ce qu’il faut respecter dans cet endroit — ce n’est pas une destination fixe mais une destination temporaire, qui apparaît et disparaît au gré des tables de marée, et un bon batelier calera votre visite sur la fenêtre de basse mer plutôt que sur votre emploi du temps. Si le timing est mauvais, on n’arrive que sur une mer ouverte, là où le banc de sable devrait être. Si le timing est bon, comme ce fut le cas pour nous, on obtient une heure ou deux de quelque chose qui semble véritablement rare : un morceau de fond marin brièvement émergé, vide, et entièrement à soi.

Une pirogue en bois traditionnelle à voile rapiécée ancrée dans l'eau verte peu profonde près du banc de sable de la Mer d'Émeraude

Nous avons déjeuné de retour sur un îlot voisin — poisson grillé enveloppé dans une feuille de bananier, un filet de citron vert, du riz légèrement fumé par le feu — et je me souviens m’être dit que j’aurais payé le prix du bateau rien que pour la couleur de l’eau, et que tout le reste avait été un bonus.

Quand y aller : Vérifiez les tables de marée avant de réserver — le banc de sable n’est entièrement exposé qu’à marée basse. La saison sèche, de mai à octobre, offre la traversée la plus calme et l’eau la plus claire.