Promontoire rocheux à Fort-Dauphin à l'heure dorée, vagues s'écrasant contre des rochers noirs sous la péninsule, l'océan Indien s'étendant jusqu'à l'horizon sous un ciel cuivré
← Madagascar

Fort-Dauphin

"L'océan Indien ici n'est pas du genre vacances à la plage. Il est du genre qui vous rappelle à quoi servent réellement les océans."

Fort-Dauphin — Taolagnaro en malgache — se trouve sur une petite péninsule au coin sud-est de Madagascar, coincée entre océan et lagon, à peu près aussi loin de la capitale qu’on peut l’être à l’intérieur des frontières du pays. Le vol depuis Antananarivo prend moins de deux heures. La distance psychologique est considérablement plus grande.

C’était un avant-poste colonial français à partir du dix-septième siècle, plus tard une tentative d’établissement qui a échoué à plusieurs reprises face au paludisme et à la mer. Les ruines du fort d’origine se dressent encore sur un promontoire au-dessus de la ville, petites et usées et entièrement éclipsées par le paysage côtier qui les entoure. Fort-Dauphin n’est pas un lieu qui a besoin de son histoire humaine pour être intéressant. Le paysage suffit.

Deux côtes, deux humeurs

L’exposition ici est ce qui définit tout. La face est de la péninsule reçoit la houle de l’océan Indien sans aucun abri — des vagues qui ont traversé des milliers de kilomètres d’eau libre arrivent avec une force véritable, se brisant contre des rochers volcaniques noirs et emplissant l’air d’embruns. La plage de Libanona, de ce côté, est belle de la manière dont les choses légèrement dangereuses sont belles : spectaculaire, cinétique, pas particulièrement engageante pour la baignade.

Tournez-vous de l’autre côté et vous trouverez le Lac Lanirano et un réseau de lagons séparés de la mer par d’étroits cordons de sable. L’eau est calme et chaude. Les pêcheurs du peuple Vezo travaillent ces hauts-fonds en pirogue, et par les matins calmes la surface bouge à peine. J’ai passé une heure à regarder un homme réparer un filet pendant qu’un groupe d’enfants nageait à proximité, et j’ai ressenti l’agréable inutilité de n’avoir nulle part de précis où être.

Vers l’intérieur de l’Anosy

Le véritable attrait de Fort-Dauphin, pour ceux disposés à pousser plus loin, est ce qui s’étend au-delà. La région de l’Anosy est un territoire de forêt épineuse — l’étrange paysage succulent du sud aride de Madagascar, dominé par les plantes de la famille des Didiereaceae qui ressemblent à quelque chose entre un cactus et un rêve fiévreux. Des arbres-pieuvres. Des pachypodiums comme des colonnes grises traînant quelques feuilles au sommet. Un écosystème qui n’existe nulle part ailleurs sur terre.

La réserve privée de Berenty, à quelques heures à l’ouest par la route, est la fenêtre la plus accessible sur ce paysage — gérée par le privé, véritablement bien tenue, et abritant des makis catta si habitués aux humains qu’ils passeront entre vos pieds sans rompre leur allure. Les sifakas ici — les propithèques de Verreaux, blancs aux taches noires et brunes — se déplacent à travers la forêt-galerie avec la démarche dansante de côté qui leur donne l’air d’exécuter quelque chose de préparé à l’avance.

La ville elle-même

Fort-Dauphin est petite et peu orientée vers le tourisme. Il y a un bon marché, quelques gîtes, deux ou trois restaurants qui font du poisson au lait de coco que j’ai trouvé excellent, et un port où la lumière à cinq heures de l’après-midi donne à l’eau une couleur que je n’ai pas tout à fait su nommer. La ville vit au rythme de la mine d’ilménite QMM à l’ouest, qui est le plus grand projet d’investissement étranger de Madagascar et sa propre histoire compliquée.

La péninsule elle-même se parcourt à pied en un après-midi. On vous regardera avec une certaine curiosité. La plupart des interactions seront amicales.

Quand y aller : D’avril à octobre offre le temps le plus régulier. Les alizés du sud-est frappent plus fort de juin à août mais les journées sont claires. De novembre à mars apporte un risque de cyclones venus du nord et des pluies fortes intermittentes ; la côte de Fort-Dauphin est parfois coupée du reste par les inondations à l’intérieur des terres. Berenty est accessible toute l’année mais le plus confortable en saison sèche.