The mudbrick old town of Ghat al-Qadima at dusk with the Akakus mountains behind
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Ghat

"Ghat, c'est l'endroit où le désert cesse de paraître vide et commence à ressembler à un carrefour."

Une oasis de terre séchée et de mémoire touareg au pied des montagnes de l'Akakous, ancien point de convergence des routes caravanières du Sahara.

J’avais envie d’aller à Ghat depuis qu’un fixeur à Tripoli m’en avait parlé, un jour, autour d’un thé à la menthe, traçant du doigt une ligne depuis la côte jusqu’à un point près de la frontière algérienne. « C’est là que s’arrêtaient les caravanes », m’avait-il dit, et cette phrase m’est restée en tête pendant des mois. Quand Lia et moi avons enfin atteint le Fezzan, le trajet à lui seul racontait déjà la moitié de l’histoire : des heures de rien, puis soudain une tache de vert et un enchevêtrement de murs de terre pâle surgissant du sable comme s’ils y avaient poussé.

Ghat al-Qadima, la vieille ville, c’est ce qui m’a le plus marqué. Des ruelles étroites, des murs couleur de la terre dont ils sont issus, des portes trop basses pour moi et parfaites pour Lia. Nous avons erré sans grand plan, et un gamin qui ne devait pas avoir plus de dix ans a fini par marcher avec nous pendant vingt minutes, nous montrant quelles maisons étaient encore habitées et lesquelles avaient été abandonnées à leur lent effondrement dans la terre. Je n’arrêtais pas de penser à tous ces siècles de marchands — sel, or, esclaves, tissus — qui avaient dû franchir des portes semblables à celles sous lesquelles nous nous baissions, circulant entre la Méditerranée et le Sahel bien avant que cet endroit ne s’appelle la Libye.

Narrow mudbrick alley in Ghat al-Qadima with sunlight cutting across the walls

Ce qui m’a le plus surpris, c’est à quel point la culture touareg restait vivante, non pas comme une vitrine muséale mais comme un quotidien bien réel. Un soir, nous avons dîné avec une famille proche de notre guide, assis sur des tapis pendant que les enfants entraient et sortaient en courant, et le père racontait comment son propre père avait guidé des expéditions vers l’Acacous pour l’art rupestre — la raison même pour laquelle la plupart des gens finissent par échouer à Ghat. Il a déroulé un vieux turban indigo pour me montrer comment on l’enroule, riant de la façon dont je m’en sortais si mal.

A Tuareg man in an indigo tagelmust standing against the pale walls of Ghat

En quittant Ghat, j’ai fini par la comprendre moins comme une destination que comme un seuil : la dernière véritable ville avant que l’Akakous n’avale la route, et pendant des siècles, le premier signe de civilisation pour qui venait en sens inverse. Quand y aller : mieux vaut s’en tenir aux mois les plus frais, grosso modo d’octobre à mars — nous y sommes allés en décembre, et même alors le soleil de midi pesait vraiment. L’été, ici, n’est pas un inconfort, c’est un risque.