The red-brick tower of Turaida Castle rising above the forested Gauja River valley
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Château de Turaida

"Lia a dit qu'on aurait cru que le château avait repoussé sur ses propres os."

Une forteresse médiévale en briques rouges dominant la rivière Gauja, renée de ses ruines et enveloppée dans une légende d'amour maudit.

Nous avons quitté Riga en voiture presque sur un coup de tête, un de ces voyages où aucun de nous n’avait vraiment cherché à savoir ce que nous allions voir. Une heure plus tard, nous étions debout sous la tour principale du château de Turaida, et je me souviens avoir pensé que la brique était presque trop rouge, comme peinte pour un décor de cinéma. Elle ne l’est pas — c’est simplement ce qui arrive quand une maçonnerie du XIIIe siècle est patiemment reconstituée pierre par pierre. L’archevêque de Riga a commencé à bâtir ici en 1214, à l’emplacement d’un ancien fort livonien en bois, et le château qui subsiste aujourd’hui est le fruit de décennies de fouilles archéologiques et de travaux de restauration menés avec soin entre les années 1970 et 1990. En montant le sentier de gravier, la rivière Gauja scintillant entre les pins en contrebas, j’ai vraiment eu l’impression de me trouver devant l’un des sites médiévaux les mieux conservés que j’aie vus dans toute la région balte.

The red-brick main tower of Turaida Castle seen from the surrounding parkland

Lia a grimpé les marches de la tour plus vite que moi — elle a toujours été meilleure que moi dans les escaliers en colimaçon étroits — et du sommet, nous avons eu cette vue dont tout le monde parle : la vallée de la Gauja qui se déploie dans toutes les directions, la forêt à perte de vue. Nous avions mal calculé notre heure pour éviter la foule, mais parfaitement pour la lumière : le soleil de fin d’après-midi accrochait la brique et la faisait virer presque au cuivre. J’ai mangé une part de speķa pīrāgi achetée à un stand près de l’entrée pendant que nous étions assis sur le muret à simplement regarder, sans trop parler. C’est un de ces endroits où le silence dit tout.

En contrebas du château, dans la réserve du musée, nous sommes descendus jusqu’à la petite église en bois construite en 1750, son bois devenu gris argenté avec le temps, puis jusqu’à la tombe de Maija Greifenfelde — la « Rose de Turaida » — assassinée ici en 1620. Un tilleul planté près de la tombe est encore visité aujourd’hui par de jeunes couples, qui y nouent des rubans et y déposent des fleurs, et j’ai été surpris de constater à quel point ce coin silencieux m’a touché, plus encore que les murs du château eux-mêmes. Lia et moi nous sommes assis un moment sur un banc à proximité, et je me suis surpris à penser à quel point une tragédie vieille de quatre cents ans pouvait encore sembler aussi présente dans un lieu comme celui-ci.

A ribbon-covered linden tree near the Rose of Turaida's grave in the museum reserve

Nous sommes finalement restés jusqu’à la fermeture, ce qui nous a fait retraverser la réserve presque seuls pour regagner la voiture, la lumière dorée tombant à travers les arbres. Ce n’est pas un grand château, et on peut visiter toute la réserve en une demi-journée, mais je suis reparti avec le sentiment d’avoir compris quelque chose sur cette partie de la Lettonie qu’aucune plaque de musée n’aurait pu nous apprendre.

Quand y aller : Nous y sommes allés début juillet, avec des journées chaudes et une lumière qui s’étirait tard, mais j’y retournerais volontiers fin septembre ou en octobre, quand la vallée de la Gauja se pare de mille couleurs et que les foules se font beaucoup plus rares.