Martand Sun Temple
"Celui qui a construit cela voulait qu'on se sente tout petit. Treize siècles plus tard, ça marche encore."
Une ruine du huitième siècle faite de colonnes de pierre colossales, seule sur un plateau, construite par un roi qui voulait que son temple survive à son royaume.
On voit Martand avant de l’atteindre — la ruine se dresse sur un plateau au-dessus d’Anantnag, assez haut pour que la colonnade brisée se détache contre le ciel depuis la route de la vallée, une silhouette de pierre reconnaissable même de loin. J’avais lu qu’elle avait été construite par Lalitaditya Muktapida, un roi cachemiri du huitième siècle dont l’empire se serait étendu, à son apogée, de l’Asie centrale au Bengale, bien que presque tout ce que l’on sait de lui aujourd’hui ne survive plus que dans ce temple en ruines et une poignée de chroniques rédigées des siècles après sa mort. Les empires s’effacent. Une maçonnerie bien construite, apparemment, pas tout à fait.
En parcourant le site, ce qui frappe d’abord, c’est l’échelle. Le sanctuaire principal a disparu, son toit et une grande partie de sa structure détruits, probablement par la démolition délibérée ordonnée par un sultan du quinzième siècle déterminé à effacer les monuments préislamiques, et sans doute accélérée par des tremblements de terre au fil des siècles suivants. Mais la colonnade environnante — quatre-vingt-quatre colonnes, ou ce qu’il en reste — se dresse encore selon un rectangle irrégulier autour du sanctuaire central, et la pure taille des blocs utilisés pour la construire est difficile à concilier avec une datation au huitième siècle. Certaines pierres sont énormes, taillées avec précision, assemblées sans mortier dans un style que le Cachemire partage avec presque nulle part ailleurs sur le sous-continent.

J’y suis allé en fin d’après-midi, quand la lumière entre basse et dorée sur la pierre, et il n’y avait presque personne d’autre — quelques adolescents du coin assis sur un bloc effondré, un gardien quelque part hors de vue. Depuis le bord du plateau, toute la moitié sud de la vallée du Cachemire s’ouvre en contrebas : villages, routes bordées de peupliers, terrasses de riz virant au doré au début de l’automne, la chaîne du Pir Panjal se dressant, brumeuse, au loin. C’est une combinaison étrange et puissante — un temple brisé dédié à un dieu solaire, planté sur un point de vue qui fait comprendre exactement pourquoi un roi choisirait cette colline précise pour construire quelque chose destiné à être vu de partout.

Quand y aller : Octobre et novembre pour la lumière la plus claire et les meilleures vues sur la vallée, ou avril et mai quand les champs en contrebas sont verts. Allez-y en fin d’après-midi, quand les foules (les rares qu’il y a) se sont dispersées et que la pierre capte le soleil bas.
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