Ruelle de pierre étroite dans la vieille ville de Tzfat avec une porte peinte en bleu et des plantes suspendues, lumière de montagne filtrant entre les bâtiments
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Tzfat

"Toutes les portes du vieux quartier sont peintes en bleu, censément pour repousser le mal. Je ne me suis pas senti en danger, mais je n'ai pas non plus discuté l'idée."

Une ville de montagne aux portes bleues en Haute-Galilée où la Kabbale est née au XVIe siècle et où chaque ruelle du vieux quartier des artistes garde encore une once de mysticisme.

Je suis monté à Tzfat depuis la mer de Galilée sur un coup de tête, surtout parce qu’une femme qui tenait une pension à Tibériade m’avait dit, avec une réelle conviction, que je n’avais pas vu la vraie Galilée tant que je ne m’étais pas perdu dans les ruelles de Tzfat au crépuscule. Elle avait raison d’une manière que je n’attendais pas. C’est une ville construite à flanc de montagne à près de mille mètres d’altitude, fraîche même en été, et elle dégage une atmosphère qu’on ne retrouve nulle part ailleurs en Israël — moitié colonie d’artistes, moitié centre profondément religieux, les deux coexistant d’une façon qui ne paraît étrangement pas contradictoire.

Tzfat est devenue l’une des quatre villes saintes du judaïsme au XVIe siècle, quand elle s’est transformée en centre d’étude kabbalistique après l’expulsion des Juifs d’Espagne, qui a dispersé érudits et mystiques à travers toute la Méditerranée. Les anciennes synagogues du quartier juif — l’Ari Ashkenazi, l’Abuhav — sont toujours actives, aux plafonds bas et à la pénombre, emplies d’un silence qui n’a rien à voir avec des règles touristiques et tout à voir avec une révérence authentique. Je suis resté un long moment dans la synagogue Ari, à regarder des hommes prier tranquillement près de l’arche, et je me suis senti intrus au meilleur sens du terme — accueilli, mais conscient d’assister à quelque chose qui existait bien avant moi et perdurerait bien après.

Intérieur d'une synagogue séculaire à Tzfat avec des arches de pierre usées et une lumière douce

Le quartier des artistes, un peu plus haut sur la colline, constitue l’autre facette entière de la personnalité de la ville — galeries dans des bâtiments ottomans reconvertis, peintres travaillant portes ouvertes, boutiques de judaïca vendant des ménorahs en verre soufflé à la main et des mezouzot juste à côté de toiles abstraites qui n’ont rien d’ostensiblement religieux. J’ai acheté un petit tableau des toits de la ville à un artiste qui y vivait depuis trente ans et qui m’a raconté, sans que je le lui demande, que la lumière à Tzfat change de caractère quatre fois par jour et qu’il essayait depuis dix ans de peindre la quatrième — ce bleu profond juste avant la tombée de la nuit — sans jamais y parvenir tout à fait.

Porte peinte en bleu dans le quartier des artistes de Tzfat, montagnes de Galilée visibles en arrière-plan

J’ai dîné dans un minuscule restaurant de quatre tables où le patron a insisté pour que j’essaie la soupe kubbeh, un plat juif kurde de boulettes de semoule dans un bouillon de betterave dont je n’avais jamais entendu parler et auquel je repense régulièrement depuis. En contrebas de la ville, les collines de Galilée se perdaient dans une brume qui a viré à un violet parfait au coucher du soleil, et j’ai compris exactement ce que voulait dire la patronne de la pension.

Quand y aller : le vendredi après-midi jusqu’au Shabbat est vraiment spécial ici — les boutiques ferment tôt, la ville se calme, et le caractère religieux du lieu devient pleinement visible. Le printemps et l’automne gardent les soirées de montagne agréables plutôt que froides.