Colonnes romaines bordant l'ancienne rue principale de Beït Chéane avec le théâtre visible en arrière-plan sous une lumière de plein jour
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Beït Chéane

"Un séisme a enseveli toute cette rue en une seule nuit. Quatorze siècles plus tard, les archéologues n'ont eu qu'à en balayer la terre."

La ville romaine la mieux préservée d'Israël, sa rue principale à colonnades et son théâtre de 7 000 places ensevelis intacts par un unique séisme catastrophique en 749 puis dégagés à nouveau à la lumière du jour.

J’ai failli passer devant Beït Chéane sans m’arrêter, fatigué après une longue journée à naviguer entre la Galilée et la vallée du Jourdain, mais un ami à Tibériade m’avait spécifiquement dit de ne pas la manquer, la décrivant comme « la ville romaine que le temps a oublié de détruire correctement ». Un résumé qui s’est révélé juste, quoique un peu étrange. Nulle part ailleurs en Israël je n’ai eu une impression aussi immédiate et concrète de ce à quoi ressemblait et de ce que l’on ressentait dans une véritable cité romaine provinciale, en grande partie parce qu’une si grande portion en a survécu d’un seul tenant.

La raison en est sinistre mais archéologiquement heureuse : un séisme massif a frappé en 749 et a fait s’effondrer toute la ville en quelques secondes, ensevelissant colonnades, boutiques et bâtiments publics sous des gravats qui ont essentiellement figé le site sur place. Des fouilles entamées au XXe siècle ont mis au jour un cardo — la rue principale à colonnades — dont les colonnes restent en grande partie debout, flanquée de thermes aux sols en mosaïque et de latrines publiques dont les sièges de pierre d’origine sont encore intacts, un détail aussi étrange et précis qu’il en a l’air. J’ai parcouru toute la longueur de la rue principale en milieu de journée, et son ampleur, des devantures encore reconnaissables comme telles deux mille ans plus tard, donnait au site moins l’allure de ruines que celle d’une ville abandonnée.

La rue principale à colonnades de Beït Chéane avec d'anciennes colonnes romaines encore debout

Le théâtre est le véritable joyau du site — un amphithéâtre romain de 7 000 places, l’un des mieux préservés de toute la Méditerranée orientale, encore parfois utilisé pour des concerts. Je suis monté jusqu’à la dernière rangée et j’ai regardé, par-delà la scène, vers le tell — le monticule antique formé par des millénaires d’occupations successives, couches cananéennes, égyptiennes et israélites empilées sous la ville romaine comme un gâteau à étages — qui s’élève juste derrière. Peu d’endroits rendent aussi visuellement évidente, dans un même cadre, la profondeur du temps dans cette région.

Le théâtre romain de 7 000 places à Beït Chéane avec le monticule antique du tell visible derrière

En fin d’après-midi, le site s’était presque entièrement vidé, et je me suis assis sur les marches de pierre du théâtre tandis que la lumière s’étirait, dorée, sur les colonnes, songeant à quel point cette nuit de 749 avait dû être négligemment dévastatrice, et à quel point il est étrange que cette dévastation soit la raison même pour laquelle j’ai pu voir tout cela.

Quand y aller : le printemps et l’automne rendent le site de pierre exposé confortable — la vallée du Jourdain est nettement plus chaude que Jérusalem ou la côte, et les visites de midi en été peuvent être éprouvantes, avec presque aucune ombre le long de la rue principale.