Eilat
"De l'autre côté de l'eau, je voyais la Jordanie. En dessous, je voyais tout le reste."
Eilat occupe l’une des positions géographiques les plus étranges que j’aie rencontrées en voyageant : une ville à la pointe sud extrême d’Israël, au sommet du golfe d’Aqaba, avec la Jordanie visible à quelques kilomètres à l’est et l’Arabie saoudite discernable sur la rive opposée par temps clair. La ville jordanienne d’Aqaba est assez proche pour qu’on en entende la musique les nuits calmes. La mer Rouge se rétrécit ici jusqu’à quelque chose de presque intime.
Je suis venu avant tout pour le monde sous-marin, ce qui est la bonne raison de venir. Les récifs le long du rivage d’Eilat comptent parmi les plus accessibles et les mieux préservés de la mer Rouge — la température de l’eau reste chaude toute l’année, la visibilité atteint vingt mètres ou plus, et l’on peut faire du tuba directement depuis les plages publiques sans bateau.
Sous l’eau : la réserve de corail
La réserve naturelle de Coral Beach, au sud de la principale bande hôtelière, est l’endroit où se concentre la vie récifale sérieuse. J’ai loué un masque et des palmes à l’entrée pour quelques dollars et je suis entré dans l’eau depuis la plage. À trente mètres du rivage, le fond se dérobe et le corail commence pour de bon : coraux de table du diamètre d’une petite voiture, coraux cerveau aux violets et verts profonds, coraux mous ondulant dans le léger courant. Des poissons partout — poissons-perroquets, poissons-chirurgiens, un banc de poissons de verre qui a viré à l’unisson à mon approche, son mouvement semblable à un seul organisme.
Je suis un nageur au tuba confiant mais pas un plongeur, et la réserve a suffi. L’eau est invariablement claire, le corail indéniablement vivant, et l’expérience de flotter au-dessus dans le silence — rien que le son de sa propre respiration à travers le tube — a une qualité méditative que je n’attendais pas d’une plage urbaine.
Le désert derrière
Ce qui donne à Eilat son caractère particulier, c’est le paysage qui l’entoure. La ville est bâtie dans une étroite vallée côtière, et les montagnes du Néguev et d’Édom s’élèvent immédiatement derrière elle — nues, rouge-brun, spectaculaires d’une manière qui rend l’eau turquoise en façade encore plus improbable. J’ai passé une matinée à monter dans les montagnes d’Eilat par une piste, m’arrêtant au Canyon Rouge — une courte randonnée à travers des canyons en fente dans du grès strié de rouge, d’ocre et de crème — et ayant véritablement l’impression d’être dans le Sud-Ouest américain. Le silence là-haut était total, hormis le vent et l’occasionnel oiseau lointain.
Le contraste, lorsqu’on redescend et qu’on voit le golfe scintiller en contrebas, est l’un de ces moments qui justifient leur cliché : désert et mer, l’un et l’autre extrêmes, l’un et l’autre magnifiques, à quelques centaines de mètres l’un de l’autre.
Les soirées sur la promenade
L’infrastructure touristique d’Eilat est, soyons honnête, assez agressive — des hôtels qui ne dépareraient pas dans les banlieues de Las Vegas, une promenade bordée des mêmes chaînes de restauration internationales que l’on retrouve dans toutes les stations balnéaires de Cancún à Bali. J’ai trouvé plus facile de m’y retrouver en acceptant cela comme un contexte plutôt qu’en le combattant. La promenade au coucher du soleil a une énergie agréable, la lumière transformant les montagnes jordaniennes de l’autre côté de l’eau en quelque chose de pictural, et si l’on marche assez loin vers le nord on atteint des portions plus calmes où la ville s’arrête et où le front de mer s’ouvre.
J’ai fait mon meilleur repas du voyage à Eilat, dans un petit restaurant de poisson à deux rues de la promenade, tenu par une famille d’Éthiopie installée dans la ville depuis trente ans. Le patron m’a expliqué que le poisson venait du marché aux poissons d’Aqaba, ce qui voulait techniquement dire que mon dîner avait franchi une frontière internationale le matin même. Cela semblait l’amuser. Moi aussi.
Quand y aller : d’octobre à mai, avec le moment idéal en février et mars, quand l’hiver européen a rendu le nord d’Israël frisquet mais qu’Eilat reste à 22-25 °C. L’été est techniquement possible mais la chaleur est considérable — régulièrement au-delà de 40 °C — et la visibilité en plongée demeure bonne si l’on supporte les températures. C’est aussi le seul endroit d’Israël avec un ensoleillement pour ainsi dire garanti toute l’année.