Un village de pierre bâti en escalier contre une gorge du Zagros, où une même rivière sépare des quartiers sunnites et chiites qui partagent tout le reste.
J’ai bien failli passer complètement à côté de Palangan. C’est à deux heures de route au sud-ouest de Sanandaj, sur des routes qui se rétrécissent peu à peu jusqu’à ce qu’on soit à peu près certain que le chauffeur de taxi s’est trompé de chemin, et puis la gorge s’ouvre et le village apparaît, empilé en terrasses de pierre si serrées que le toit d’une maison sert de cour à celle du dessus.
Un village bâti comme un escalier
Palangan s’accroche aux deux versants d’une gorge fluviale, ses maisons de pierre ocre grimpant la pente par paliers qui, de loin, semblent presque architecturaux à dessein, même si les habitants vous diront que c’est simplement ce qui arrive quand on construit sur une falaise sans le moindre terrain plat à disposition. Les enfants utilisaient les toits plats comme un réseau de raccourcis, sautant de la terrasse d’une famille à celle de la suivante en allant à l’école. J’ai suivi le trajet d’un garçon par hasard et j’ai fini par boire le thé avec sa grand-mère, qui semblait tout à fait indifférente à cette intrusion.

Deux communautés, une seule rivière
Ce qui m’a le plus frappé, c’est la discrète répartition démographique du village : une rive est majoritairement kurde sunnite, l’autre chiite, et la rivière entre les deux fonctionne moins comme une frontière que comme une ressource partagée que tout le monde entretient ensemble — vergers, noyeraies et petits moulins à eau bordent les deux rives sans qu’aucune distinction visible n’indique qui appartient à quoi. Un commerçant du côté sunnite m’a dit, sans détour, que son meilleur ami d’enfance vit juste en face, de l’autre côté de l’eau. L’Iran se voit souvent réduit, vu de l’extérieur, à un seul récit confessionnel ; Palangan refuse tranquillement cette simplification.

Noyers et tranquillité
Le village est réputé localement pour ses vergers de noyers, et en automne toute la gorge sent vaguement les coques vertes fraîchement cassées. J’ai passé une nuit dans une maison d’hôtes familiale avec une terrasse donnant sur la rivière, et le seul bruit après la tombée de la nuit était celui de l’eau glissant sur la pierre. Pas de circulation, pas de générateurs, pas de signal téléphonique digne de ce nom.
Quand y aller : Fin septembre à octobre pour la récolte des noix et la meilleure lumière sur les terrasses. Le printemps (avril–mai) est plus vert et plus frais si vous préférez éviter la foule de la récolte. La route peut devenir difficile après de fortes chutes de neige hivernales, mieux vaut donc éviter janvier et février.
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