Marie-Galante
"Marie-Galante avance à un rythme qui vous fait réaliser à quelle vitesse vous alliez partout ailleurs."
Une île plate et ronde de canne à sucre et de rhum ancestral, où les distilleries tournent encore à la vapeur et les plages semblent empruntées à un siècle plus tranquille.
L’île apparaît depuis le ferry comme une ligne verte basse sur l’eau, presque parfaitement ronde, presque parfaitement plate — rien qui ressemble au drame volcanique des Saintes ou à la sauvagerie des montagnes de Basse-Terre. Cette planitude s’avère être tout l’intérêt. Marie-Galante a été, pendant des siècles, l’une des îles sucrières les plus productives des Antilles françaises, et la terre qui a nourri cette industrie lui donne désormais son paysage particulier : de longs champs de canne courant jusqu’à l’horizon dans toutes les directions, ponctués par des ruines occasionnelles de moulins à vent ou de sucreries, avec des routes qui s’étirent en lignes droites sur des distances qui semblent presque inappropriées pour une île de cette taille.

Je suis venu pour le rhum. Marie-Galante compte trois distilleries en activité — Bielle, Bellevue et Capesterre — et toutes trois produisent ce qu’on appelle du rhum agricole, fabriqué directement à partir du jus de canne fraîchement pressé plutôt que de la mélasse, ce qui lui confère une qualité herbacée et végétale que la plupart des rhums n’ont pas et que je trouve soit intéressante soit excellente selon le verre. La distillerie Bielle est celle où j’ai passé le plus de temps : une opération du XIXe siècle qui fait encore tourner une machine à vapeur pendant la campagne de coupe (de janvier à juin), qui sent le jus de canne en fermentation depuis cinquante mètres, et dont la salle de dégustation est tenue par un homme prénommé Théodore qui servait avec générosité et expliquait les différences entre leurs expressions vieillies avec la patience de quelqu’un qui a eu cette conversation mille fois et ne la trouve pas moins intéressante pour autant.
Les plages sur les côtes sud et ouest comptent parmi les plus dépouillées et les plus merveilleuses que j’aie trouvées dans toute la Caraïbe. La plage de Capesterre, à la pointe sud-est, est une longue courbe de sable blanc avec une eau si claire que l’on voit les poissons depuis la surface. Pas de bars sur la plage, pas de location de transats. Quelques familles s’étaient installées sous les raisins bord-de-mer avec des glacières et des chaises pliantes. J’ai nagé longtemps puis je me suis allongé à l’ombre et j’ai lu sans que personne ne me dérange. L’appareil touristique qui façonne la plupart des expériences de plage dans les Caraïbes n’avait pas encore débarqué en force à Marie-Galante, ou du moins pas à Capesterre cet après-midi-là.

La ville principale de l’île, Grand-Bourg, a un marché du samedi qui fonctionne au rythme détendu de toute l’île — des étals vendant du jus de canne fraîchement pressé à la demande, du miel local, des patates douces dans des variétés que je ne savais pas nommer. Une vieille église fait face à la place principale où des enfants jouent l’après-midi et rien n’est particulièrement urgent. J’ai déjeuné dans un petit restaurant sans vrai nom, juste une maison avec quatre tables dressées sous un auvent, et on m’a apporté une assiette de poisson grillé avec la tête encore dessus et un accompagnement de ti-nain — des bananes vertes cuites à l’eau salée — sans qu’on me demande ce que je voulais. C’était le bon choix.
Quand y aller : La campagne sucrière (de janvier à juin) est le meilleur moment pour visiter les distilleries, quand les machines à vapeur fonctionnent et que l’odeur de fermentation emplit l’air autour de Bielle. Les plages sont belles toute l’année mais sont les plus tranquilles en dehors des vacances scolaires françaises (fin juillet jusqu’en août). Le ferry depuis Pointe-à-Pitre prend environ 45 minutes et part plusieurs fois par jour — une excursion à la journée est faisable, mais deux nuits permettent de ressentir le vrai rythme de l’île plutôt que de simplement la traverser.
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