Colorful houses of Kulusuk village overlooking the icy fjord in East Greenland
← Greenland

Kulusuk

"Lia m'a agrippé le bras sur le tarmac et a juste pointé du doigt les icebergs. Personne ne nous avait prévenus que l'aéroport avait une vue pareille."

Une poignée de maisons aux toits de tourbe sur une île balayée par le vent, où les icebergs dérivent devant la piste et les tambours appellent encore les visiteurs.

Nous avons atterri à Kulusuk comme la plupart des gens : désorientés, un peu décalés par le vol, et absolument pas préparés à voir à quel point tout serait petit. L’aéroport a été construit par l’armée américaine en 1956, dans le cadre d’une station radar de la guerre froide, et il garde encore cet aspect dépouillé et fonctionnel — une seule piste taillée dans la roche, avec moins de 300 habitants dans le village alentour. Je me souviens d’être descendu de l’avion et d’avoir oublié, l’espace d’une seconde, de marcher vers le terminal, parce que le fjord derrière était plein d’icebergs immobiles, immenses et silencieux, comme posés là exprès.

Kulusuk est la porte d’entrée du Groenland oriental, et on le sent dès qu’on commence à s’y promener. Des maisons aux couleurs vives — rouges, bleues, jaunes — sont dispersées le long du port, certaines des plus anciennes arborant encore leur toit traditionnel en tourbe, une isolation et un savoir-faire transmis bien avant que quiconque ici n’entende parler d’une station radar. Lia et moi avons marché depuis la côte sans grand plan, suivant simplement le sentier de gravier qui semblait le moins raide, en nous arrêtant sans cesse pour regarder l’eau — la banquise se fracturant au ralenti, accrochant la lumière d’une façon qui rendait difficile de continuer à avancer.

Turf-roofed traditional house beside a modern colorful home in Kulusuk village

Ce soir-là, un groupe de danseurs locaux s’est produit devant un petit public arrivé par bateau de croisière — une danse au tambour, pratiquée ici depuis des générations, désormais partagée surtout avec des touristes de passage en route vers Tasiilaq. J’avoue m’être senti un peu gêné de regarder cela en simple visiteur, appareil photo à la main, mais le rythme, lourd et régulier, a vite balayé cette gêne. Ensuite, un homme âgé qui avait fait partie du groupe nous a raconté, dans un anglais approximatif, que le tambour servait autrefois à rassembler les gens bien avant qu’il n’y ait un port bordé de maisons colorées devant lequel se réunir.

Icebergs drifting in the fjord near Kulusuk under soft evening light

Le lendemain matin, nous avons traversé en bateau jusqu’à Tasiilaq, en zigzaguant entre des blocs de glace qu’on aurait pu toucher depuis la proue, et je n’arrêtais pas de penser à quel point il était étrange que cette minuscule île — en réalité juste un aéroport et un village — soit la charnière autour de laquelle bascule une bonne partie du Groenland oriental. Tous ceux qui passent par ici transitent d’abord par Kulusuk, même si certains ne s’en souviennent que comme l’endroit où la porte de l’avion s’est ouverte sur toute cette glace.

Quand y aller : Nous y sommes allés en juillet, quand l’eau se libère suffisamment pour que la traversée en bateau vers Tasiilaq soit régulière — visez plutôt juin à août pour ce même accès sans glace, car plus tôt dans l’année le fjord peut encore être complètement pris dans les glaces.