Bâtiments coloniaux colorés en moutarde et terre cuite dans une rue de Cayenne, avec des palmiers et un iguane se chauffant au soleil sur un muret bas
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Cayenne

"L'iguane sur le mur de la pharmacie m'a dit tout ce que j'avais besoin de savoir sur cette ville."

Une capitale créole où les murs coloniaux ocre côtoient les iguanes amazoniens et où le marché du samedi sent trois continents à la fois.

J’étais à Cayenne depuis moins de douze heures quand j’ai vu une femme acheter un kilo de crevettes d’eau douce, négocier le prix entièrement en créole, puis repartir avec une baguette sous le bras. C’est Cayenne en miniature — une ville qui fonctionne sur plusieurs registres simultanément, où la France et l’Amazonie négocient perpétuellement les termes de leur coexistence, et où aucun des deux côtés ne gagne vraiment. La voiture de la gendarmerie devant les arrivées avait le même logo que celle devant mon commissariat à Lyon. Les palmiers mesuraient douze mètres de haut et faisaient plus de bruit d’oiseaux qu’une matinée en forêt ne devrait se le permettre.

Le marché du samedi rue du Marché est le centre gravitationnel de la ville, et je suis arrivé tôt, avant que la chaleur ne s’installe, pour trouver les étals déjà denses de couleurs. Des commerçants chinois derrière des tours de conserves, des femmes brésiliennes vendant des bouquets d’herbes séchées que je n’arrivais pas à identifier, des vendeurs amérindiens avec du manioc dans des sacs en toile, et des grand-mères créoles présidant des bassines de poissons d’eau douce encore frétillants. L’odeur des acras qui frient dans un wok — ces petits beignets intenses de morue salée et de piment — m’a rattrapé à un demi-pâté de maisons et ne m’a plus lâché. J’en ai mangé trois debout, le jus dégoulinant sur ma main, pendant qu’un poulet quelque part à proximité exprimait bruyamment son opinion sur le jour de marché.

Le marché du samedi matin rue du Marché à Cayenne, avec des étals colorés et des vendeurs de toutes origines

Le vieux centre autour de la Place Auguste-Horth conserve l’histoire la plus lisible de Cayenne. Les bâtiments sont peints dans des tons moutarde, terre cuite et jaune pâle, œuvre de quelqu’un qui avait compris que la lumière équatoriale finirait par tout décolorer, autant donc commencer saturé. La Préfecture — incontestablement française dans son sérieux bureaucratique — se dresse derrière une grille en fer forgé pendant que des iguanes de la longueur de mon avant-bras se chauffent au soleil sur les murs alentour. Les oiseaux dans les palmiers font tellement de bruit à sept heures du matin que j’ai dû hausser la voix pour demander mon chemin. Personne ne trouvait cela anormal. Le Fort Cépérou, sur la colline au nord de la ville, offre la vue dont on a besoin pour comprendre le lieu : une ville étalée et basse qui s’avance dans la forêt dense, l’estuaire du fleuve scintillant à l’ouest, des porte-conteneurs se dissolvant dans la brume, et au-dessus de tout ça un ciel si vaste et si bleu qu’il semble exhibitionniste.

C’est la nourriture qui restera le plus longtemps gravée dans ma mémoire. La cuisine créole de Cayenne est distincte de tout ce qu’on trouve aux Antilles françaises — plus terreuse, plus influencée par la cuisine amérindienne, construite autour du manioc, du fruit de palme et du poisson d’eau douce. J’ai retrouvé la trace d’un bol de bouillon d’awara près du fort — une femme avait préparé une marmite pour Pâques et il en restait. Le ragoût était extraordinaire : orange foncé, riche en gras de palme, parsemé de viande fumée, de crabe et d’igname, réconfortant d’une façon qui n’avait rien à voir avec la température extérieure. Elle l’a servi dans un récipient en plastique avec une cuillère, n’a rien demandé, et j’y pense encore.

Bâtiments coloniaux d'époque en jaune et terre cuite dans le vieux Cayenne, avec palmiers et balcons en fer forgé sous la lumière de l'après-midi

Cayenne ne se présente pas joliment. Elle est légèrement désordonnée, perpétuellement en chantier, traversée par le bruit des scooters, des vendeurs de marché et des oiseaux qui ne semblent jamais s’arrêter. Mais elle possède quelque chose que les villes plus polies perdent au moment où elles trouvent leur argumentaire touristique — une absence d’auto-conscience, une qualité d’être entièrement absorbée en elle-même. Passez une semaine ici et elle commence à sembler non seulement intéressante mais véritablement vivante, de cette façon que seules les villes aux histoires complexes et non résolues parviennent à atteindre.

Quand y aller : Février et mars, pendant la courte saison sèche, offrent les conditions les plus agréables — chaleur tolérable, routes praticables et marché du samedi à son plus vibrant. Éviter d’avril à juin, quand les pluies peuvent être bibliques et les rues inondées avec une remarquable régularité.

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