Roussillon
"Nous sommes revenus du sentier des ocres avec l'air d'avoir perdu une bagarre, et ça valait le coup."
Un village du Luberon bâti à même une falaise d'ocre si vive que les maisons elles-mêmes ont été peintes pour s'y accorder, dans toutes les nuances possibles, de l'abricot pâle au rouille brûlé.
J’avais vu des photos de Roussillon avant notre départ et j’avais supposé, comme on le fait souvent, qu’elles avaient été retouchées pour paraître plus spectaculaires que la réalité. Ce n’était pas le cas. Le village est perché sur l’un des plus grands gisements d’ocre au monde, et les falaises en contrebas déclinent toutes les couleurs chaudes imaginables — abricot, rouille, orange sanguine, un rouge si profond qu’il vire presque au violet dans l’ombre — avec les maisons du village peintes en accord, par décret municipal, si bien que l’ensemble se lit comme une seule paroi de falaise continue qui se trouve avoir des fenêtres.
Le sentier des ocres, et ses conséquences sur la lessive
Le Sentier des Ocres est une boucle balisée à travers les anciennes carrières juste sous le village, et c’est, sans conteste, la chose la plus salissante que nous ayons faite en Provence. Le chemin serpente entre pitons et canyons de sable coloré et tendre, façonnés par des décennies d’extraction avant que l’industrie ne ferme dans les années 1930, et en dix minutes, les baskets blanches de Lia avaient déjà pris la teinte des falaises. Il y a une raison pour laquelle le guichet vend des surchaussures en plastique bon marché, et une raison pour laquelle presque personne n’en achète.

Un village peint pour s’accorder à sa propre falaise
Dans le village, l’ocre se poursuit sur chaque façade — une règle locale impose que tout ravalement soit validé selon une charte de teintes de pigment historiques, de sorte qu’un volet repeint l’an dernier doit s’accorder à une maison debout depuis le XVIIIe siècle. Nous avons déjeuné sur une terrasse dominant la vallée, une assiette simple de tapenade et de sardines grillées, et regardé les falaises changer de couleur au gré des nuages passant devant le soleil, la rouille s’assombrissant et s’éclaircissant comme quelque chose qui respirait.

Quand y aller : C’est en fin d’après-midi que l’ocre mérite le mieux sa réputation, alors prévoyez de faire le sentier deux ou trois heures avant le coucher du soleil. Le printemps et l’automne limitent la poussière du sentier à une quantité raisonnable de lessive sacrifiée.
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