Le Château des Ducs de Savoie à Chambéry avec sa tour de la Sainte-Chapelle se détachant sur les collines environnantes
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Chambéry

"La Savoie a été son propre pays plus longtemps que la plupart des gens ne l'imaginent, et Chambéry ne vous a jamais vraiment laissé l'oublier."

L'ancienne capitale de la Savoie, un duché qui a gouverné son propre coin des Alpes pendant des siècles avant d'être pleinement français, et une ville qui se comporte encore comme si elle se souvenait d'avoir été indépendante.

Il y a un détail que je n’ai vraiment saisi qu’en me tenant devant le Château des Ducs de Savoie : la Savoie n’a pas toujours fait partie de la France. C’était un duché indépendant, plus tard rattaché au royaume de Sardaigne-Piémont, et il n’a voté son rattachement à la France qu’en 1860 — à hauteur des arrière-arrière-grands-parents de bien des gens, historiquement parlant — un fait que Chambéry, l’ancienne capitale ducale, semble tranquillement déterminée à ne laisser oublier à personne. Le château au cœur de la vieille ville a été le siège des ducs de Savoie pendant des siècles avant que la famille ne déplace sa cour vers le sud, à Turin, et il domine encore la silhouette de la ville comme doit le faire le siège d’un pouvoir réel et indépendant.

Une capitale qui a survécu à son propre pays

En entrant dans la cour intérieure du château, la première chose qui frappe, c’est la Sainte-Chapelle — une véritable chapelle royale gothique, construite pour rivaliser avec la plus célèbre de Paris, élevée spécifiquement pour abriter le Saint Suaire durant les années où la relique fut conservée à Chambéry, avant que la famille de Savoie ne l’emporte avec elle en Italie. Le carillon de la chapelle, l’un des plus grands d’Europe, sonne encore sur la vieille ville selon un horaire précis, petit rappel persistant qu’il s’agissait là d’un véritable siège d’autorité religieuse et politique, et non d’une préfecture française comme les autres. Nous avons flâné dans l’enceinte du château un tranquille après-midi de semaine, et il était facile d’imaginer l’endroit tel qu’il devait être sous les ducs — animé par les affaires de la cour, les ambassadeurs et toute la mécanique d’une petite mais bien réelle puissance européenne.

La tour gothique de la Sainte-Chapelle et la cour de pierre du Château des Ducs de Savoie à Chambéry

Les éléphants qui n’ont rien à faire là et qui pourtant s’y trouvent parfaitement bien

L’autre monument que tout le monde à Chambéry vous indiquera, avec un mélange de fierté et de léger embarras, c’est la Fontaine des Éléphants — quatre grandes statues d’éléphants, l’eau jaillissant de leurs trompes, soutenant une colonne au milieu d’un rond-point de la vieille ville. C’est, à première vue, une chose étrange à trouver dans une ville alpine, jusqu’à ce qu’on en apprenne l’histoire : elle fut érigée dans les années 1830 en l’honneur du général Benoît de Boigne, enfant du pays devenu fortuné comme commandant militaire en Inde, et qui revint à Chambéry financer une bonne partie de la modernisation de la ville. Lia a trouvé toute l’affaire délicieusement absurde — des éléphants, dans les Alpes, financés par une fortune indienne — et c’est devenu le symbole officieux de la ville, peu importe si la logique paraît saugrenue aujourd’hui.

La Fontaine des Éléphants, quatre statues d'éléphants soutenant une colonne, sur un rond-point du centre de Chambéry

Aujourd’hui, Chambéry fonctionne surtout comme un carrefour de transit et d’administration entre Lyon et les Alpes du Nord, et beaucoup de voyageurs la traversent sans s’arrêter. C’est dommage — les rues à arcades de la vieille ville, les passages couverts qui permettent de traverser tout le centre sans parapluie sous la pluie, et l’ancienne demeure de Jean-Jacques Rousseau aux Charmettes, juste à l’extérieur, méritent tous le détour d’une demi-journée.

Quand y aller : Le printemps et l’automne sont idéaux pour parcourir la vieille ville et l’enceinte du château sans la chaleur de l’été. Chambéry fonctionne aussi très bien comme base ou étape pour ceux qui conduisent entre Lyon et les stations de ski de la Tarentaise ou de la Maurienne, une utilité valable presque toute l’année vu sa position à la véritable porte d’entrée des Alpes françaises.

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