Saint-Raphaël
"Napoléon a choisi cette plage pour rentrer chez lui. Je l'ai choisie pour la même raison que tout le monde finit par avoir : la route qui en sort."
La plage où Napoléon a discrètement remis le pied sur le sol français au retour d'Égypte, une station balnéaire Belle Époque construite autour de cette note de bas de page, et le début de la corniche de roche rouge qui fait de la route vers l'est l'une des plus belles du littoral.
Saint-Raphaël ne s’affiche pas avec la même assurance que ses voisines, et c’est en partie pour ça qu’on y est revenus sans cesse pendant un mois passé dans le coin — c’est une station balnéaire Belle Époque sincèrement agréable, qui se trouve en plus à l’extrémité du tronçon de côte le plus spectaculaire de toute la Riviera, et elle porte les deux avec assez de légèreté. Les passionnés d’histoire la connaissent surtout pour un après-midi précis d’octobre 1799, quand Napoléon Bonaparte, ayant abandonné son armée en Égypte, débarqua sur cette plage pour commencer le voyage vers Paris qui allait se terminer, quelques semaines plus tard, par sa prise du pouvoir. Il y a un modeste monument sur le front de mer marquant l’endroit, facile à manquer sauf si on le cherche spécifiquement, ce qui m’a semblé assez juste pour une ville plus soucieuse de bien vivre que de se monumentaliser.
Une station balnéaire pensée pour les gens, pas seulement pour l’histoire
La Belle Époque a laissé sa vraie marque à Saint-Raphaël sur le front de mer lui-même : un casino, de grandes villas le long du boulevard, et un marché couvert et une place d’église qui rythment encore la vie quotidienne de la ville plus que les plages. Nous logions à quelques rues de l’eau, dans un appartement au-dessus d’une boulangerie, et les matins là-bas — café sur le balcon, le marché qui s’installait en bas — ont plus fait pour me convaincre que n’importe quel monument. Le vieux quartier de pêcheurs autour du Vieux Port fait vivre un port de travail à côté des yachts de la marina, et le musée d’archéologie près de l’église conserve des vestiges d’épaves romaines et sarrasines découvertes juste au large, un rappel que cette côte a été un lieu de passage bien avant qu’on vienne s’y détendre.

La route qui justifie le détour
Ce qui attire vraiment les gens à Saint-Raphaël, en réalité, c’est ce qui commence juste à l’est : la Corniche de l’Estérel, une route côtière qui longe des falaises de roche volcanique rouge tombant droit dans une eau si bleue qu’elle en paraît teintée. Nous l’avons parcourue lentement vers Théoule-sur-Mer un soir, vitres baissées, en nous arrêtant à presque chaque belvédère parce que la couleur de la roche contre la mer changeait sans cesse avec la lumière, le rouge porphyre virant presque au violet à mesure que le soleil descendait. C’est un court trajet, une demi-heure peut-être sans les arrêts, mais du genre de demi-heure qui réorganise complètement l’idée qu’on se fait de cette côte une fois passées les marinas.

Quand y aller : La fin du printemps ou le début de l’automne offrent une eau assez chaude pour les plages et des conditions plus fraîches pour conduire ou marcher dans l’Estérel, qui devient vraiment chaud et à risque réel d’incendie de broussailles au cœur de l’été.
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