Les colonnes de marbre blanc de la Villa Kérylos surplombant l'eau turquoise de la baie de Beaulieu-sur-Mer
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Beaulieu-sur-Mer

"Toutes les autres villes de cette côte vous disent qu'elles ont un microclimat. Beaulieu est la seule où j'y ai vraiment cru."

Une poche de littoral si abritée que la foule de la Belle Époque l'avait surnommée « la petite Afrique », où une villa grecque bâtie par un archéologue de l'ère Rothschild a toujours l'air d'avoir échoué là depuis un autre siècle.

Beaulieu-sur-Mer se niche dans un repli de la côte entre Nice et Villefranche, à l’endroit exact où les collines s’incurvent juste assez pour bloquer le mistral et emprisonner la chaleur, et la ville vit sur cette réputation depuis le dix-neuvième siècle, quand les médecins ont commencé à envoyer ici les Parisiens fragiles pour hiverner parmi les palmiers et les bananiers plutôt que sous les pins de la Riviera. Lia et moi sommes arrivés en février, nous attendant à trouver une ville côtière grise comme n’importe quelle autre à cette période de l’année, et nous avons trouvé à la place des gens en manches de chemise sur le front de mer, pendant que Nice, à vingt minutes sur la côte, était boutonnée dans des manteaux. Les habitants l’appellent encore « la petite Afrique », et ce n’est pas qu’un argument marketing. Quelque chose dans la géométrie de la baie piège vraiment une poche d’air plus chaud, et on sent la différence dès qu’on descend du train.

La maison grecque qui ne devrait pas exister ici

La raison pour laquelle la plupart des gens s’arrêtent à Beaulieu, c’est la Villa Kérylos, et c’est un bâtiment sincèrement étrange à trouver sur la Côte d’Azur : une reconstitution grandeur nature de la maison d’un noble grec antique, construite entre 1902 et 1908 par l’archéologue Théodore Reinach, qui voulait vivre, au sens le plus littéral, à l’intérieur de son propre savoir. Des sols de marbre taillés pour correspondre aux originaux de la mer Égée, des meubles de bronze et d’ivoire copiés sur des peintures de vases, une salle de bains avec une baignoire encastrée tout droit sortie de Délos — Reinach dînait allongé sur des divans et faisait porter des tuniques grecques à sa maisonnée les jours de fête. On trouve ça excentrique jusqu’à ce qu’on marche dans la cour à péristyle en plein midi, le soleil cognant sur la pierre blanche, la mer scintillant juste derrière les colonnes, et soudain toute cette fantaisie prend un sens absolu comme lieu de vie.

La cour à péristyle de la Villa Kérylos, colonnes de marbre blanc encadrant une vue sur la Méditerranée

Un port encore habillé pour 1910

Sous la villa, le port Belle Époque de Beaulieu s’incurve autour d’un bassin où les anciens quais de pêcheurs ont cédé la place, il y a un siècle, à de grands hôtels et un casino bâtis pour la même clientèle hivernale qui voulait l’air doux de Reinach sans se soucier d’archéologie. La Rotonde, la halle couverte du village, ancre toujours la petite grille de rues derrière le port, et nous y avons passé une matinée tranquille à acheter de la socca et des olives niçoises avant de marcher le long du sentier de la Baie des Fourmis, qui ne fait guère plus d’un kilomètre et suffit pourtant à donner l’impression d’avoir fait une vraie sortie. Les immeubles qui le bordent — stores rayés, balcons en fer forgé, un air général d’avoir été entretenus plutôt que rénovés — donnent au port une atmosphère Belle Époque encore habitée, que Cannes et Nice ont largement fini par polir.

Le port Belle Époque de Beaulieu-sur-Mer avec ses immeubles pastel et ses bateaux amarrés le long du quai

Quand y aller : L’hiver et le début du printemps sont les saisons où Beaulieu mérite vraiment son surnom — on y trouve des journées nettement plus douces qu’à Nice ou Menton, à latitude égale. La Villa Kérylos ferme certains lundis hors saison estivale, donc mieux vaut vérifier avant d’en faire l’unique but de la sortie.

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