Collioure
"J'ai compris les couleurs fauvistes en à peine dix minutes, debout sur cette plage."
Un port de pêche catalan sur la Côte Vermeille où une église au dôme rose se dresse au bord de l'eau, et dont la lumière a convaincu Matisse et Derain d'inventer le fauvisme sur sa plage en un seul été.
Collioure se trouve exactement à l’endroit où les Pyrénées finissent par abdiquer et glisser dans la Méditerranée, et le résultat est une lumière si saturée qu’à l’été 1905 elle a convaincu Henri Matisse et André Derain de se mettre à peindre avec des couleurs que personne n’avait employées avec autant d’audace jusque-là — des roses violents, des verts irréels, des ciels qui n’avaient aucune raison d’être de ce bleu-là. Les critiques d’art ont appelé le résultat les Fauves, et le nom est resté collé à tout le mouvement. Debout sur cette même plage de galets, à regarder la lumière de l’après-midi faire des choses véritablement étranges à l’eau, j’ai compris l’impulsion immédiatement.
Une église qui fait aussi office de phare
La vue emblématique de la ville, c’est le clocher de Notre-Dame-des-Anges, coiffé d’un dôme rose, debout presque dans l’eau au bord du vieux port — il a été construit à l’origine au quatorzième siècle comme phare, avant qu’on y ajoute l’église plus tard. Nous avons marché le long de la petite digue à côté, au coucher du soleil, en croisant des pêcheurs en train de démêler leurs filets, et regardé la lumière transformer la tour d’abord en or, puis en ce même rose impossible que Matisse a dû voir.

Anchois, le château et le Chemin du Fauvisme
Collioure sale des anchois depuis le Moyen Âge, et les maisons Roque et Desclaux en ville les salent et les conditionnent encore à la main — nous en avons acheté un pot dans une boutique près du marché, et Lia le rationne à la maison depuis, ce qui, chez elle, relève d’un véritable exploit de retenue. Au-dessus du port, le Château Royal, construit puis reconstruit par les rois de Majorque puis par Vauban, veille sur la baie, et un parcours balisé dans la ville, le Chemin du Fauvisme, place des reproductions des tableaux de Matisse et Derain aux endroits exacts où ils ont été peints, si bien qu’on peut se tenir dans une embrasure de porte et voir une toile centenaire s’aligner avec la vue qu’on a devant soi.

Quand y aller : La fin du printemps et septembre offrent cette lumière si célèbre sans la foule du mois d’août, quand la plage et le vieux port se remplissent tous les deux très vite.
Continuez à explorer
Plus sur Pays Basque
Continuez à explorer
Plus sur Pays Basque
france Perpignan
La capitale officieuse de la Catalogne française, où un drapeau rouge et or flotte presque aussi souvent que le tricolore, et où un palais-forteresse bâti pour les rois de Majorque surveille encore la plaine du Roussillon vers l'Espagne.
Explore
france Céret
Un village de vergers de cerisiers au pied des Pyrénées que Picasso et Braque ont, sans bruit, transformé en berceau du cubisme, et où les étals de fruits arrivent encore avant la foule des amateurs d'art.
Explore
france Cucugnan
Un village cathare oublié sous un moulin dans les Corbières, dominant des vignes qu'aucune carte ne daigne nommer.
Explore
france Villefranche-de-Conflent
Une minuscule cité fortifiée que Vauban a enveloppée de pierre pour surveiller la route vers l'Espagne, et l'endroit où un petit train jaune commence son ascension vers les hauts Pyrénées.
Explore
france Minerve
Un bastion cathare perché sur un éperon calcaire au-dessus de deux rivières, accessible par un seul pont de pierre.
Explore
france Font-Romeu
Un piège à soleil de haute altitude sur le plateau de Cerdagne où les olympiens français viennent s'entraîner dans l'air raréfié, et où le plus grand four solaire du monde se dresse, pointé vers le ciel comme un miroir géant.
Explore