Dense canopée de forêt tropicale le long d'un méandre d'une rivière du bassin du Congo dans le parc national de la Salonga
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Parc national de la Salonga

"Pas de routes, pas de réseau, juste le fleuve qui parle."

Une jungle accessible uniquement par le fleuve, au cœur du bassin du Congo, refuge des bonobos et d'un silence qui me hante encore.

Je l’avoue, j’ai failli renoncer à la Salonga à deux reprises avant qu’on y arrive vraiment. Aucune route n’y mène, pas même une piste de terre, pas de raccourci, rien. La seule façon d’y entrer, c’est par le fleuve, et une fois qu’on accepte ça, tout le voyage se réorganise autour du courant. Avec Lia, on a passé la majeure partie de deux jours dans une pirogue avec un moteur hors-bord attaché à l’arrière, à regarder la forêt se refermer sur les deux rives jusqu’à ce qu’on n’ait plus l’impression de visiter un parc, mais plutôt celle d’avoir été discrètement absorbés par lui. Avec ses quelque 36 000 kilomètres carrés, la Salonga est la plus grande réserve de forêt tropicale d’Afrique, et elle se trouve en plein cœur du bassin du fleuve Congo, ce qui sonne abstrait jusqu’à ce qu’on soit réellement dedans et qu’on réalise qu’il n’y a aucune limite visible.

A wooden pirogue navigating a narrow tributary river surrounded by dense Congo Basin rainforest

Mais ce qui m’a le plus marqué, ce n’est pas l’immensité du lieu, c’est le silence qui peut régner dans une forêt aussi dense. Un après-midi, on a coupé le moteur pour dériver devant un bosquet où notre guide jurait avoir entendu des bonobos la semaine précédente, et pendant une bonne vingtaine de minutes, personne n’a dit un mot. La Salonga est l’un des derniers bastions des bonobos sauvages à l’état sauvage, et elle abrite aussi le paon du Congo et les éléphants de forêt, des espèces que je n’avais jusque-là lues que dans des guides naturalistes qui m’avaient toujours paru un peu théoriques. On n’a jamais eu l’observation parfaite, digne d’un documentaire, un froissement dans la canopée et la main de Lia agrippant mon bras, c’est à peu près tout ce qu’on a eu, mais cet aperçu à peine entrevu m’est resté en tête plus longtemps qu’une observation complète ne l’aurait sans doute fait.

Le parc a été classé au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1984, et pendant plus de deux décennies, de 1999 à 2021, il a figuré sur la Liste du patrimoine mondial en péril à cause du braconnage et de l’instabilité. Notre guide, qui travaillait avec les gardes du parc depuis des années, parlait de cette période sans grand pathos, comme quelque chose qu’ils avaient vécu et dont ils s’étaient sortis. Le parc a été retiré de cette liste en 2021 grâce à des efforts anti-braconnage réels et soutenus, et l’entendre de la bouche de quelqu’un qui en avait fait partie m’a touché différemment que de le lire dans un rapport. C’est le genre de bonne nouvelle qui ne fait pas les gros titres en dehors des cercles de la conservation, mais qui le devrait.

Sunlight filtering through dense rainforest canopy onto the forest floor in Salonga National Park

On a campé deux nuits sur un banc de sable que les guides connaissaient par cœur, mangé du poisson grillé au feu à peine pêché une heure plus tôt, et je me souviens être resté allongé à écouter ce que fait la forêt la nuit, des clics et des appels que je n’ai pas cherché à identifier. La Salonga n’est pas un endroit qu’on coche sur une liste. C’est un endroit qui vous réorganise en silence, et je ne suis toujours pas certain d’avoir fini d’en digérer tout ce que ça implique.

Quand y aller : Nous y sommes allés en juillet, en plein dans la période la plus sèche entre juin et septembre, quand les rivières sont plus calmes et plus faciles à naviguer et que le pistage de la faune à pied devient réellement praticable ; en dehors de cette fenêtre, les pluies compliquent sérieusement les deux.