Fishing boats moored along the shore of Lake Tanganyika at Kalemie with the harbor in the background
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Kalemie

"Kalemie ne joue pas de rôle pour les visiteurs. Elle continue simplement d'expédier des marchandises depuis un lac qui ne s'arrête jamais de bouger."

Un port lacustre patiné où les rails coloniaux rejoignent la rive du Tanganyika, et où la rivière Lukuga draine en silence une mer intérieure.

Lia et moi sommes arrivés à Kalemie comme la plupart des gens le font encore : lentement, sans être tout à fait sûrs que cela allait réellement se produire. Nous avions pris un bateau depuis la Tanzanie, regardant la rive orientale du lac Tanganyika céder la place au côté congolais, et au moment où le port est apparu, j’avais déjà cessé d’essayer d’imaginer à quoi ressemblerait la ville. Ce qui m’a frappé en premier n’était ni un monument ni un marché, mais la ligne de chemin de fer qui filait presque droit vers l’eau. Je n’avais pas tout à fait saisi, jusqu’à ce que notre guide me le fasse remarquer, qu’il s’agissait là du terminus du Chemin de Fer des Grands Lacs, posé en 1915 pour relier le lac à l’intérieur des terres. Debout sur l’ancien lit des rails, avec les grues du port qui grinçaient derrière moi, j’avais l’impression de contempler la raison même de l’existence de la ville.

Nous sommes restés trois nuits dans une petite maison d’hôtes près du port, tenue par une femme prénommée Espérance, qui avait grandi en regardant depuis la véranda familiale les cargos venus de Dar es Salaam aller et venir. Elle nous a raconté, un matin autour d’un café instantané, que Kalemie avait été fondée en 1892 sous le nom d’Albertville, un poste militaire établi par l’État indépendant du Congo pour combattre le commerce d’esclaves arabo-swahili qui avait dévasté cette partie du bassin lacustre. C’est le genre d’histoire qui ne s’annonce pas dans les rues, mais qui, une fois qu’on la connaît, éclaire soudain le plan de la vieille ville — le port d’abord, tout le reste construit derrière.

Fishing boats moored along the shore of Lake Tanganyika at Kalemie with the harbor in the background

Un après-midi, nous avons marché jusqu’à l’endroit où la rivière Lukuga quitte le lac — le seul exutoire du Tanganyika, ce qui est une chose étrange à contempler une fois qu’on en mesure le sens : ce courant étroit, brun et sans hâte est l’unique soupape de l’un des lacs les plus profonds de la planète. Lia s’est assise sur la berge pour dessiner pendant que je discutais avec deux pêcheurs occupés à réparer un filet, qui m’ont expliqué, moitié en français moitié en swahili, comment le débit de la rivière varie selon les saisons. Plus tard, nous avons rebaptisé ce moment dans nos têtes « le jour où nous avons rencontré la seule sortie du lac », un titre sans doute trop dramatique pour ce qui n’était, en réalité, qu’une berge tranquille et une belle lumière.

Fishermen mending nets on the bank of the Lukuga River as it leaves Lake Tanganyika

Kalemie a abandonné son nom d’Albertville en 1966, dans le cadre de la politique de zaïrianisation sous Mobutu, et elle est aujourd’hui la capitale de la province du Tanganyika — un titre qui sied un peu étrangement à une ville aussi patinée, mais qui prend tout son sens dès qu’on voit tout ce qui transite encore par son port. Ce soir-là, nous avons mangé du tilapia grillé tout juste sorti du lac, assis sur des chaises en plastique au bord de l’eau, et je me souviens avoir pensé que c’était l’un de ces endroits qui récompensent la patience bien plus que la planification d’un itinéraire.

Quand y aller : Nous y sommes allés en juillet, en pleine saison sèche, et je recommande la même fenêtre — de juin à août, les traversées du lac sont plus calmes et les routes menant à la ville ne se transforment pas en bourbier après une heure de pluie.