Ocosingo
"Un vieil homme sur la place m'a dit qu'il se souvenait des tirs de janvier 94 comme si c'était hier."
Une ville de marché active près des ruines de Tonina, qui garde encore la mémoire du soulèvement zapatiste de 1994 sur sa place tranquille.
On s’est arrêtés à Ocosingo surtout comme étape fonctionnelle en route vers Tonina, et je regrette presque le peu de temps qu’on lui a accordé, parce que la ville elle-même s’est révélée être l’un des endroits les plus honnêtes que j’aie visités au Chiapas — aucun vernis, aucune mise en scène pour les visiteurs, juste une vraie ville de marché vaquant à ses affaires. La place centrale a un côté négligé et vécu, des poules qui errent parfois près des marches de l’église, des femmes vendant du queso de bola — le fromage semi-dur propre à Ocosingo, enveloppé d’une croûte cireuse — empilé en pyramides sur les étals du marché.
Le soulèvement zapatiste de 1994 a frappé Ocosingo particulièrement fort ; il y a eu de sérieux combats dans la ville et ses environs, et le marché lui-même a été le théâtre d’un affrontement violent. J’ai interrogé une vendeuse de fromage à ce sujet, m’attendant à moitié à une réticence, et j’ai reçu à la place un récit long et sans détour — pas d’amertume à proprement parler, juste la lucidité fatiguée de quelqu’un qui a vécu quelque chose et l’a raconté de nombreuses fois depuis. Ce n’est pas un endroit qui commémore le soulèvement avec des plaques ou des musées ; ça reste simplement dans la mémoire des gens, présent dans la façon dont les plus âgés parlent de « l’avant » et de « l’après ».

Le véritable attrait pour la plupart des voyageurs, c’est Tonina, le site maya à environ 30 minutes de la ville, et il mérite sa réputation — la pyramide principale y est l’une des plus hautes de Méso-Amérique, et contrairement à Palenque, on a souvent des terrasses entières pour soi. Mais je conseillerais à quiconque s’y rend de prévoir d’abord une heure à Ocosingo même, ne serait-ce que pour manger. On a pris une comida corrida dans un café sans nom près de la place — haricots, riz, un caldo correct, et ce queso de bola râpé sur le tout — pour quelque chose comme soixante pesos chacun.

Les routes à Ocosingo et aux alentours ont connu, au fil des années, une histoire compliquée en matière de sécurité, donc je conseillerais de vérifier les conditions actuelles avant de conduire ce tronçon seul, surtout après la tombée de la nuit — nous y sommes allés avec un chauffeur qui connaissait la région et n’avons eu aucun problème.
Quand y aller : Les matinées en semaine sont les meilleures pour voir le marché à son apogée ; la saison sèche (novembre à avril) rend aussi les tronçons non pavés près de Tonina bien plus faciles à parcourir.
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