Plage de Kỳ Co
"Lia a regardé l'eau et a dit que cette couleur n'était pas censée exister. Elle existait."
Une crique turquoise semée de blocs de granit près de Quy Nhơn, accessible en bateau ou par une route côtière taillée dans les collines.
On a failli laisser tomber Quy Nhơn. La ville ne figurait pas sur l’itinéraire tout tracé qu’empruntent la plupart des voyageurs entre Hanoï et Saïgon, et j’avoue qu’une partie de moi en avait déduit qu’il n’y avait pas grand-chose à voir. Puis le gérant de notre homestay a sorti son téléphone et m’a montré la photo d’une crique qu’il surnommait « les Maldives du Vietnam », et j’ai ri, parce que ce genre de surnom survend en général une plage de loin. On a quand même réservé le bateau pour Kỳ Co le lendemain matin, surtout par curiosité.
La traversée depuis le port de pêche de Hải Minh a duré une trentaine de minutes, moteur vrombissant, embruns par-dessus la proue, Lia retenant son chapeau tout du long. Puis on a contourné un promontoire et l’eau a tout simplement changé de nature. Du vert-brun trouble du port, elle est passée à un turquoise franchement saisissant, assez limpide pour que je distingue l’ombre du bateau glisser sur le sable dix mètres plus bas. Des blocs de granit, ronds et pâles, jonchaient le rivage comme si quelqu’un les avait renversés là. J’ai vite cessé de douter du surnom.

On a passé la journée à ne pas faire grand-chose, ce qui est exactement ce que ce lieu réclame. J’ai nagé au-delà des blocs de granit et flotté sur le dos pendant ce qui m’a paru une heure, à regarder les bateaux de pêche travailler à l’horizon. Lia a trouvé un rocher plat suffisamment chaud pour faire la sieste et n’a pas bougé de tout l’après-midi. Plus tard, on a grimpé jusqu’à Eo Gió, le promontoire étroit tout proche que tout le monde appelle le col du Vent, et on s’est retrouvés là-haut, vraiment décoiffés par le vent, à contempler la crique qu’on venait de quitter — vue d’en haut, sa beauté change de registre, faite d’échancrures nettes et de ce même bleu impossible.

Sur le chemin du retour, notre guide a mentionné, presque en passant, que le Bình Định est le berceau d’une bonne partie des traditions martiales vietnamiennes, remontant à la dynastie Tây Sơn. Ça m’est resté en tête : toute cette province porte à la fois cette histoire farouche et disciplinée, et une plage aussi douce et accueillante — deux registres complètement différents d’un même endroit. Je repense encore à quel point on a failli ne pas nous arrêter à Quy Nhơn.
Quand y aller : viser mars-août, quand la saison sèche garde l’eau la plus limpide et permet aux bateaux d’y accéder sans traversée agitée.
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