Falaises de grès rouge s'élevant au-dessus d'une eau turquoise sur le littoral des Îles de la Madeleine
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Magdalen Islands

"J'ai volé cinq heures depuis Montréal pour trouver des falaises rouges, des maisons peintes, et presque personne d'autre."

Un archipel balayé par le vent, fait de falaises de grès rouge et de villages acadiens, à la dérive dans le golfe du Saint-Laurent, plus loin de Québec que la plupart des gens ne sont prêts à voyager.

Se rendre aux Îles de la Madeleine est en soi un petit pèlerinage — un vol en petit avion depuis Montréal ou Québec, ou une traversée en traversier de cinq heures depuis l’Île-du-Prince-Édouard qui vous laisse strié de sel et légèrement nauséeux. J’ai choisi le traversier, surtout par entêtement, et la récompense fut de voir les îles émerger du golfe du Saint-Laurent comme quelque chose d’inventé : un mince arc de falaises rouges et de dunes vertes, aucun pont ne reliant rien, juste des cordons littoraux cousant une île à l’autre. Mon premier après-midi, debout sur une plage près de Cap-aux-Meules, j’ai réalisé que je n’avais entendu ni klaxon, ni sirène, ni aucune langue autre que le français et le crachotement radio anglais des pêcheurs depuis des heures. Le vent ne s’arrête jamais ici. Il courbe l’herbe de côté et transforme chaque conversation sur la plage en concours de cris.

Les falaises de grès rouge sont l’image emblématique, et elles la méritent — un orange-rouille si saturé contre le gris-vert du golfe qu’il paraît retouché. L’érosion est agressive ; des pans entiers de falaise s’effondrent dans la mer presque chaque hiver, et les habitants en parlent comme d’autres parleraient de la météo, avec un fatalisme tranquille. Je suis allé jusqu’à Belle-Anse à l’heure dorée et j’ai eu toute la ligne de falaise pour moi seul, sauf un couple filmant ses photos de fiançailles, ce qui semblait exactement à sa place dans un endroit aussi photogénique et aussi désert.

Maisons traditionnelles colorées le long du port de La Grave aux Îles de la Madeleine

Racines acadiennes et casiers à homard

Les Madelinots sont pour la plupart des descendants de colons acadiens ayant fui le Grand Dérangement dans les années 1750, et cet héritage est partout — dans le drapeau à l’étoile jaune, dans la musique d’accordéon s’échappant des bars du port, dans les noms de famille répétés sur chaque boîte aux lettres d’un village. La Grave, le vieux quartier du port sur Havre-Aubert, en est le cœur historique : une rangée de cabanes de pêcheurs patinées transformées en boutiques d’artisans et en fumoir, posée directement sur une plage de galets où les bateaux de homard déchargent encore. J’y ai mangé un homard capturé dans une trappe ce matin même, ouvert sur une table de pique-nique avec du beurre coulant sur mon poignet, et cela a ruiné définitivement pour moi les guédilles au homard de Montréal. La saison du homard ici est courte et intense — six ou sept semaines au printemps — et tout l’archipel s’organise autour d’elle.

Dunes de sable sculptées par le vent et herbes le long d'une plage des Îles de la Madeleine

Le vent ne ment jamais

Ce que je n’avais pas anticipé, c’est à quel point le vent définit tout le reste — les kitesurfeurs filant à travers les lagunes de la Dune-du-Sud, les maisons peintes de rouges et de bleus impossiblement vifs (les habitants disent que c’est pour que les bateaux retrouvent leur maison dans le brouillard, ce qui relève peut-être ou non du folklore), et un silence qui n’en est pas vraiment un, juste le bruissement constant de l’air du golfe passant sur l’herbe des dunes. C’est le genre d’endroit qui résiste à un itinéraire cochant des cases. On roule sur l’unique route principale, on s’arrête chaque fois qu’une falaise paraît déraisonnable, et on laisse le vent dicter le rythme.

Quand y aller : De fin juin à septembre pour une eau assez chaude et des restaurants ouverts ; début septembre apporte moins de visiteurs et la meilleure lumière sur les falaises, bien que les horaires du traversier se réduisent vite une fois la saison terminée.