Large plage de sable le long de la rive du lac Saint-Jean, le lac s'étendant jusqu'à l'horizon
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Lac Saint-Jean

"Un lac si grand qu'il possède de vraies plages, bordé de plus de champs de bleuets que je n'aurais cru une région capable d'en avoir besoin."

Une vaste mer intérieure bordée de terres agricoles et de champs de bleuets, abritant une ville fantôme engloutie et une tourtière si centrale à l'identité locale qu'elle a son propre festival.

Je ne m’attendais pas à ce qu’un lac à l’intérieur des terres québécoises ait de vraies plages de sable, mais le lac Saint-Jean est immense — plus de 1 000 kilomètres carrés, alimenté par des rivières drainant une grande partie des hautes terres laurentiennes — et sa rive sud près de Roberval et de Saint-Gédéon présente des étendues de sable pâle qui ne détonneraient pas sur un littoral maritime. Les habitants appellent toute la région « le pays des bleuets », et en arrivant depuis Chicoutimi à travers le Saguenay, on remarque le changement presque immédiatement : la forêt cède la place à un large bassin agricole étonnamment fertile, des champs plats alternant avec les arbustes bas et rampants qui produisent la majeure partie de la récolte de bleuets sauvages du Québec. J’y suis arrivé début août, en pleine saison des bleuets, et chaque kiosque en bord de route sur cinquante kilomètres vendait des paniers, de la confiture, du vin, même de la bière aux bleuets, avec une fierté régionale qui confine à l’ecclésiastique.

Le lac lui-même possède une beauté étrange et lourde — assez grand pour perdre la rive opposée dans la brume les jours humides, une eau sombre qui devient vite agitée quand le vent souffle depuis les collines environnantes. Les pêcheurs ici parlent de l’ouananiche, un saumon d’eau douce unique à une poignée de lacs québécois, avec la même révérence que les pêcheurs de l’Atlantique réservent aux montaisons de saumon sauvage.

Arbustes de bleuets sauvages avec baies mûres dans un champ agricole du Lac-Saint-Jean

Val-Jalbert, la ville fantôme

L’arrêt le plus étrange de la région est Val-Jalbert, une ville d’entreprise construite autour d’une usine à pâte vers 1901 et abandonnée presque du jour au lendemain en 1927 à la fermeture de l’usine. Contrairement à la plupart des villes fantômes industrielles, elle n’a pas été démolie — elle a été laissée telle quelle, et des décennies plus tard transformée en site patrimonial où l’on peut entrer dans le magasin général, l’école, les maisons ouvrières, meubles et présentoirs disposés comme si tout le monde venait tout juste de sortir. Un téléphérique grimpe à côté de la chute d’eau adjacente, plus haute que le Niagara, qui alimentait autrefois les turbines de l’usine, et se tenir au sommet à regarder à la fois la chute et les rues vides de la ville en contrebas est l’une des vues les plus étrangement troublantes que j’aie eues au Québec.

Maisons de bois abandonnées et magasin général dans la ville fantôme de Val-Jalbert

Tourtière et guerre de la tarte aux bleuets

La culture culinaire régionale se concentre sur deux choses : la tourtière, une tourte à la viande préparée ici selon un style distinctif superposé utilisant de la viande en cubes plutôt que hachée, et la tarte aux bleuets, que chaque restaurant, boulangerie et grand-mère de la région insiste être mieux réussie localement que partout ailleurs au Québec. J’en ai mangé trois versions différentes en quatre jours par pure curiosité diplomatique et je peux confirmer que la rivalité est entièrement justifiée — chacune était meilleure que la précédente.

Quand y aller : De fin juillet à août pour la saison des bleuets et une baignade au lac assez chaude ; le début de l’automne pour Val-Jalbert sans la foule estivale et pour les collines environnantes en pleines couleurs.