Killarney Provincial Park
"Les lacs sont si limpides qu'ils semblent peints — ce qui tombe bien, puisque ce sont des peintres qui ont fait connaître cet endroit."
Des crêtes de granite rose et des sommets de quartzite dominant des lacs si limpides que le Groupe des Sept en a fait tout un mouvement pictural — accessibles seulement en pagayant, à son propre rythme, selon ses propres conditions.
J’ai loué un canoë au point d’accès du lac George sans avoir la moindre idée de ce dans quoi je m’embarquais. Killarney n’a pas de route qui boucle autour de son paysage comme le font Banff ou Jasper — on pagaie pour y accéder, ou on ne voit rien du tout, et ce simple fait réduit la foule à presque rien dès qu’on a passé le premier portage. En moins de vingt minutes après avoir quitté le quai, l’eau avait pris une turquoise pâle et impossible, pas l’eau de fonte glaciaire des Rocheuses mais quelque chose de tout autre : un socle de quartzite blanc qui éclaire le lac par en dessous comme une piscine. Je me suis arrêté de pagayer deux fois, juste pour flotter et regarder ma propre pagaie luire sous l’eau.
Les monts La Cloche encerclent le parc, bas selon les standards des Rocheuses — rien ici ne dépasse les 500 mètres — mais le granite rose et les crêtes de quartzite d’un blanc d’os, contre les épinettes noires et ces lacs pâles, créent une palette que je n’avais vue nulle part ailleurs au Canada. Ce n’est franchement pas une surprise que A.Y. Jackson et Franklin Carmichael, deux membres du Groupe des Sept, aient milité spécifiquement pour faire protéger cette zone après y avoir peint dans les années 1930. On peut se tenir sur une crête au-dessus du lac Killarney et reconnaître exactement la composition d’une toile exposée à la Galerie nationale.

Portager la Silhouette
L’intérieur du parc est un arrière-pays accessible uniquement en canoë — pas de moteurs, pas de raccourcis — et l’itinéraire classique enchaîne des lacs aux noms comme Silver Peak, OSA et David, chacun relié par un sentier de portage où l’on porte son canoë et son matériel sur son propre dos. Mon plus long portage faisait peut-être huit cents mètres et il a bien failli m’achever ; un couple rencontré au campement suivant, qui bouclait la boucle complète d’une semaine, a ri en disant que le premier jour humilie toujours tout le monde. Ce soir-là, nous avons partagé un feu sur une pointe de granite face à l’ouest, le soleil plongeant derrière la crête des monts La Cloche dans une longue traînée orange, des huarts s’appelant sur une eau devenue totalement immobile. J’ai pagayé sur des lacs dans les Alpes françaises et en Scandinavie, et rien n’a tout à fait égalé le silence particulier de cette soirée-là — aucun bruit de moteur nulle part, jamais, parce qu’il n’y a aucun moyen d’en amener un.

Quand y aller : De mi-juin à septembre pour le canoë, juillet et août étant les mois les plus chauds pour la baignade. Réservez les emplacements de camping sauvage des mois à l’avance — les permis sont volontairement limités, ce qui est exactement ce qui garde le parc aussi calme.