Gulf Islands
"On arrête de vérifier son téléphone pour les horaires de ferry et on se met à regarder le ciel à la place. C'est là qu'on sait que les îles vous ont eu."
Un archipel dispersé entre l'île de Vancouver et le continent, relié par de petits ferries, des arbousiers et une logique insulaire tenace et sans hâte.
Ce que personne ne vous dit sur les îles Gulf, c’est que l’horaire du ferry devient la seule horloge qui compte. Je l’ai appris à mes dépens lors de ma première tentative de saut d’île en île, ratant une correspondance de quatre minutes et apprenant, avec une sérénité totale, que le prochain bateau était dans trois heures. J’ai passé ces trois heures assis sur un quai de l’île Galiano à observer un héron pêcher dans les hauts-fonds avec la patience d’une créature qui n’a jamais une seule fois craint d’être en retard, et le temps que le ferry arrive, j’avais plus ou moins assimilé la leçon. On ne visite pas les îles Gulf selon son propre horaire. On les visite selon celui du ferry, ce qui revient au même que de se rendre.
Un archipel, pas une destination
C’est le point qui m’a pris le plus de temps à comprendre — les îles Gulf ne forment pas un seul endroit, mais une constellation dispersée de dizaines d’îles posées dans la mer des Salish entre l’île de Vancouver et le continent, chacune avec son propre tempérament. Galiano est longue, étroite et densément boisée de sapins de Douglas. Pender est divisée en deux, reliée par un petit pont, et paraît plus résidentielle et installée. Mayne possède un port actif et une véritable histoire d’étape sur la route de la ruée vers l’or du Cariboo. Ce qui les relie n’est pas tant l’infrastructure que l’écologie — c’est le pays des prairies de chênes de Garry et des arbousiers, cet arbre étrange à l’écorce orange qui pèle comme s’il perdait un costume, presque introuvable ailleurs au Canada en dehors de cette poche précise d’ombre pluviométrique de la côte.

Une vie vécue au rythme du ferry
Je suis resté quatre nuits sur Galiano dans un chalet sans réseau, ce qui a semblé un inconvénient pendant environ une journée avant de devenir tout l’intérêt du séjour. Le dîner, la plupart des soirs, c’était ce que le magasin général avait ce matin-là, complété par un pot de miel local acheté à un étal routier sans surveillance avec une boîte de café pour la monnaie — le genre d’économie de confiance à petite échelle qui semble survivre précisément dans des endroits assez petits pour que tout le monde finisse par reconnaître la voiture de tout le monde. En faisant du kayak depuis Montague Harbour au crépuscule, l’eau est devenue parfaitement immobile et la lumière a pris cette teinte basse et horizontale propre à la fin de l’été, transformant chaque silhouette d’îlot en une découpe qui semblait taillée dans du papier.

Ceci n’est délibérément pas Salt Spring, devenue quelque chose de plus proche d’une véritable destination avec son marché du samedi et sa scène de galeries. Les îles plus petites — Galiano, Mayne, Pender, Saturna — sont ce qu’il reste de la version des îles Gulf qui existait avant que quiconque ne pense à la commercialiser, et je dirais que c’est la meilleure version.
Quand y aller : Juillet et août pour la baignade chaude et les longues journées de lumière, même si les ferries deviennent chargés et les réservations importantes. Fin septembre offre le même paysage avec un quart des foules, et des mûres qui mûrissent le long de chaque route.