La formation rocheuse orangée et aride des Tablelands s'élevant au-dessus de collines vertes dans le parc national du Gros-Morne
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Parc national du Gros-Morne

"Je me suis tenu sur une roche qui faisait autrefois partie du manteau terrestre, et elle avait exactement l'air aussi extraterrestre que ça en a l'air."

Un site classé par l'UNESCO où le manteau terrestre affleure à la surface, où des fjords glaciaires traversent les hautes terres, et où la géologie à elle seule justifie le vol jusqu'à Terre-Neuve.

Je ne suis pas géologue, et je suis arrivé au Gros-Morne sans grande attente au-delà de « jolies montagnes », alors les Tablelands m’ont sincèrement arrêté net. C’est une étendue de plateau aride, orange rouille, qui semble transplantée d’une autre planète — presque rien n’y pousse, parce que la roche est de la péridotite, un fragment du manteau terrestre poussé à la surface par d’anciennes collisions de plaques et toxique pour la plupart des plantes en raison de sa composition minérale. Le Gros-Morne est l’un des rares endroits sur la planète où l’on peut marcher directement sur de la roche du manteau sans avoir eu besoin de forer ou de plonger pour l’atteindre, ce qui explique pourquoi l’UNESCO a classé le parc au patrimoine mondial en 1987 — il est considéré comme l’un des meilleurs exemples au monde de tectonique des plaques rendue visible. Parcourir le sentier d’interprétation à travers les Tablelands en plein soleil, avec la chaleur qui irradiait de la roche orange dans toutes les directions, donnait vraiment l’impression de marcher sur des images de Mars.

L’échelle du lieu m’a pris une journée à intégrer. Ce n’est pas un parc qu’on découvre en voiture ; les Long Range Mountains, l’extension la plus septentrionale des Appalaches, dominent l’intérieur, et le mont Gros-Morne lui-même — qui donne son nom au parc et constitue le deuxième plus haut sommet de Terre-Neuve — demande une journée entière pour l’aller-retour, une ascension exigeante sur des éboulis instables, récompensée par une vue sur tout le parc jusqu’au golfe du Saint-Laurent.

Le plateau aride et orangé des Tablelands, roche du manteau exposée, dans le Gros-Morne

Western Brook Pond

La meilleure demi-journée du parc, c’est sans conteste la balade en bateau sur Western Brook Pond, et le nom ne lui rend vraiment pas justice — ce n’est pas un étang, c’est un fjord glaciaire enclavé, creusé par la glace lors de la dernière glaciation puis coupé de l’océan quand le sol s’est relevé, laissant une étendue d’eau douce si pure qu’elle est classée comme quasiment distillée. Pour y arriver, il faut marcher trois kilomètres sur des passerelles à travers des tourbières côtières avant même d’atteindre le quai d’embarquement, puis le fjord s’ouvre entre des parois rocheuses abruptes de plus de 600 mètres de haut, avec des cascades qui tombent directement dans l’eau depuis des vallées suspendues. Notre guide a coupé le moteur à mi-parcours et a laissé le bateau dériver en silence pendant une minute ; le seul bruit était celui d’une chute d’eau quelque part sur une des parois, et personne à bord n’a dit un mot.

Un bateau d'excursion glissant sur Western Brook Pond entre d'immenses parois rocheuses

Les villages de pêcheurs en périphérie

Les abords du parc abritent de petites communautés isolées — Woody Point, Trout River, Norris Point — où le rythme du port de travail se poursuit aux côtés du tourisme, et manger du fish and chips à une table de pique-nique à Trout River, avec les Tablelands visibles de l’autre côté de la baie, a été un de ces repas où le décor fait presque tout le travail. Rocky Harbour, la ville principale du parc, n’a rien de glamour mais reste fonctionnelle, et j’ai apprécié que le Gros-Morne n’ait pas été surdéveloppé autour de sa propre renommée.

Quand y aller : juillet et août pour les excursions en bateau sur Western Brook Pond et les meilleures conditions de randonnée sur le mont Gros-Morne ; le bateau ne circule que de fin mai à septembre, alors vérifiez les dates avant de construire un itinéraire autour de cette activité.