Fernie
"Fernie fabrique sa propre neige, sa propre légende et son propre climat, et elle n'en fait pas mystère."
Une ancienne ville minière de charbon devenue destination de ski au fond de la vallée de l'Elk dans les Rocheuses, ensevelie chaque hiver dans un bol à neige légendaire sous l'ombre de Ghostrider.
La première chose que tout le monde à Fernie vous raconte, généralement quelques minutes à peine après vous avoir rencontré, c’est l’histoire de Ghostrider — la silhouette d’un homme à cheval censée apparaître sur la face du mont Hosmer au coucher du soleil, formée par le jeu des ombres et de la roche plutôt que par quoi que ce soit de surnaturel, mais traitée avec un sérieux qui frôle la fierté civique. Le fondateur de la ville, William Fernie, aurait provoqué la colère d’un chef ktunaxa en rompant une promesse concernant sa fille, et la malédiction de feu et d’inondation qui en aurait résulté expliquerait, dit-on, l’incendie dévastateur de 1908 qui a rasé le site en bois de la ville d’origine. Quoi qu’on pense de la légende, la ville reconstruite qui a suivi, tout en brique cette fois, se trouve dans l’un des cadres les plus spectaculaires que j’aie trouvés dans les Rocheuses, presque entièrement encerclée par les flèches de calcaire déchiquetées de la chaîne Lizard.
Cette géographie n’est pas accessoire — elle explique à elle seule pourquoi Fernie existe deux fois, d’abord comme ville minière, puis comme ville de ski. La vallée de l’Elk est exploitée pour le charbon depuis les années 1890, et l’industrie n’est jamais vraiment partie ; on peut encore voir des mines actives en amont de la vallée, des camions à casques de chantier partageant l’autoroute avec le trafic skieur, dans une coexistence qui semblerait presque pittoresque ailleurs dans le monde. J’ai pris une bière dans un pub du centre-ville avec un mineur à la retraite passé directement du registre de paie de la mine à un poste d’entretien des pistes de la station, et il a haussé les épaules devant cette transition comme s’il s’agissait de la chose la plus naturelle au monde — ce qui, à Fernie, semble effectivement être le cas.

Le bol à neige
Ce que les mines ont produit par accident, les montagnes le produisent délibérément : la station Fernie Alpine Resort se trouve à l’intérieur d’un bol naturel formé par cinq cirques alpins, une forme qui piège la neige des tempêtes du Pacifique et l’empile de façon absurde, souvent plus de neuf mètres par saison. J’y ai skié une journée pendant une tempête qui ne s’est jamais arrêtée, la visibilité tombant parfois à quelques mètres, et les habitants autour de moi traitaient le blizzard comme simplement le prix à payer pour une neige aussi légère et aussi profonde, du genre qui avale une botte de ski jusqu’à la cheville sur une piste plate, sans le moindre effort. La forme du bol signifie aussi que la station a rarement besoin de fermer les remontées pour cause de vent, une petite grâce qui garde skiable une montagne aussi exposée par un temps qui fermerait une station plus ouverte.
L’été retourne le même terrain à la randonnée et au vélo de montagne, des sentiers grimpant directement dans les cirques qui retiennent la neige hivernale, et j’ai trouvé la ville nettement plus calme à cette période, les habitants se réappropriant leur propre montagne avant que les prochaines tempêtes de la saison ne viennent l’ensevelir de nouveau.

Quand y aller : Janvier et février pour la neige la plus profonde dans le bol ; de fin juin à septembre pour randonner dans les mêmes cirques, sous les fleurs sauvages plutôt que dans le blizzard.