L'architecture moderne sur pilotis du Fogo Island Inn perchée au-dessus de la côte rocheuse de Terre-Neuve
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Fogo Island

"Une île isolée où les motifs de courtepointe d'un groupe de grands-mères ont inspiré une œuvre architecturale célébrée à l'international — voilà une histoire bien typique de Fogo Island."

Une île isolée au large de Terre-Neuve où une auberge résolument moderne côtoie aujourd'hui des communautés de pêcheurs traditionnelles, et où un promontoire prétend marquer un coin de la Terre plate.

Fogo Island se trouve au large de la côte nord-est de Terre-Neuve, accessible par un ferry depuis Farewell qui prend environ une heure et vous dépose dans un paysage de roche à nu, d’étangs disséminés et de petites communautés d’outport qui pêchent ces eaux depuis des siècles. J’avais lu des choses sur le Fogo Island Inn avant d’arriver — un bâtiment saisissant, tout en angles, sur pilotis, qui paraît presque agressivement contemporain au milieu des maisons saltbox traditionnelles alentour — et je m’attendais à ce que ça ressemble à une intrusion. Ce n’est pas le cas. L’auberge a été construite par la Shorefast Foundation, une organisation à but non lucratif fondée par Zita Cobb, native de Fogo Island, dans le but explicite de ramener des revenus durables sur une île dont l’économie avait été vidée de sa substance par le moratoire de 1992 sur la morue, et ses intérieurs s’appuient fortement sur l’artisanat local : des courtepointes réalisées par des femmes de l’île, du mobilier fabriqué dans un atelier local, des motifs puisés dans des générations de travail manuel. La visiter donnait moins l’impression de découvrir un hôtel de luxe que de faire le tour d’un projet communautaire ambitieux qui se trouvait aussi être magnifique.

Les douze communautés de l’île ont chacune leur propre caractère et, historiquement, leur propre spécialité de construction navale ou de pêche, un degré de particularisme local qu’on n’attend pas d’une masse terrestre aussi petite. J’ai logé à Joe Batt’s Arm, l’une des communautés les plus importantes, et j’ai passé une soirée dans le « shed » local à discuter avec un pêcheur à la retraite qui décrivait, sans grand sentimentalisme, l’effondrement de l’industrie au début des années 1990 et le lent retour de l’île grâce au tourisme et à une pêche aux crustacés renaissante.

Le Fogo Island Inn, tout en angles et sur pilotis, dominant la côte rocheuse de l'Atlantique

Brimstone Head

L’autre curiosité de l’île se trouve à Brimstone Head, près de la communauté de Fogo — un affleurement rocheux que la Flat Earth Society répertorie depuis les années 1970 comme l’un des quatre coins de la Terre, aux côtés de sites aux Bahamas, en Nouvelle-Zélande et en Russie. Personne à qui j’ai parlé sur l’île ne prend ça au sérieux, mais tout le monde apprécie visiblement l’histoire et la plaque qui la commémore, et la randonnée jusqu’au sommet de Brimstone Head vaut le détour quelle que soit votre opinion sur la forme de la Terre — une montée courte et raide jusqu’à un sommet dégagé offrant une vue étendue sur le port et vers le large, avec parfois des icebergs visibles dérivant au début de l’été.

Des randonneurs gravissant le sentier rocheux jusqu'au sommet de Brimstone Head sur Fogo Island

Le rythme des outports

Ce qui m’est resté le plus, c’est le rythme — Fogo Island vit au tempo de la météo et des marées plutôt que d’un horaire, et je me suis surpris à m’y couler en l’espace de quelques jours, calant mes promenades sur la levée du brouillard et mes repas sur le quai qui avait encore du capelan ou de la morue fraîche. La Shorefast Foundation a également ouvert des ateliers d’artistes disséminés dans les points les plus reculés de l’île, chacun étant une petite pièce de design moderne saisissante posée au milieu de la tourbe et de la roche, dans le cadre d’un programme de résidence qui fait venir des artistes internationaux travailler dans un isolement quasi total. En tomber sur un pendant une marche côtière, incongru et éclairé de l’intérieur sur un promontoire par ailleurs désert, a été l’une des visions les plus étranges et les plus mémorables de tout mon voyage à Terre-Neuve.

Quand y aller : de juin à septembre pour la fiabilité du ferry et le temps le plus clément ; le début de l’été ajoute une chance de voir des icebergs dériver le long de la côte nord de l’île.