Forillon National Park
"C'est ici que les Appalaches s'arrêtent tout simplement, les falaises plongeant droit dans le golfe comme si la terre avait épuisé ses idées."
Des falaises, des phoques et des villages de pêcheurs abandonnés à la pointe exacte de la péninsule gaspésienne, là où la chaîne des Appalaches finit par manquer de terre et plonge dans la mer.
Forillon se trouve à l’extrémité absolue de la péninsule gaspésienne, le point où la chaîne des Appalaches, qui commence en Géorgie, finit par manquer de continent et plonge, très littéralement, dans le golfe du Saint-Laurent. J’y suis arrivé depuis Percé par la route 132, l’autoroute côtière qui longe le littoral sur presque tout le trajet, et le paysage devenait de plus en plus vertical à mesure que j’avançais vers l’est, jusqu’à ce que la route se taille un chemin le long de parois de falaise avec de l’eau pour seul horizon d’un côté. Le cap Bon-Ami, à l’angle nord-est du parc, en est le point d’orgue : un point de vue où les falaises plongent à pic dans le golfe, et par temps clair on peut voir des baleines — petits rorquals et parfois rorquals à bosse — se déplacer le long de la base des falaises, depuis un poste d’observation qui ne nécessite aucun bateau.
Ce qui m’a le plus frappé n’est pas seulement la géologie mais les traces humaines disséminées dans le parc. Avant que Forillon ne devienne un parc national en 1970, c’était un littoral de pêche en activité, et l’expropriation par le gouvernement fédéral des familles locales pour créer le parc reste un sujet sensible dans les communautés gaspésiennes — les guides en parlent avec une formulation prudente et diplomatique. Plusieurs maisons ont été préservées plutôt que démolies, et on peut se promener dans Hyman & Sons, un ancien magasin général et comptoir de marchand de poisson restauré à Grande-Grave, où des interprètes expliquent en détail l’ancien procédé de séchage et de salaison de la morue, qui rend évident à quel point la pêche était centrale pour chaque famille ici pendant des générations.

Phoques, baleines et un sentier désert
Le sentier Les Graves longe la côte depuis Grande-Grave jusqu’à la pointe de la péninsule, et environ à mi-chemin je suis tombé sur un rassemblement de phoques gris se prélassant sur des rochers juste au large, entièrement indifférents aux randonneurs passant à vingt mètres. Plus loin, le sentier se resserre et grimpe, et la vue s’ouvre d’une façon qui m’a semblé presque agressive après la marche côtière plus douce du début — des falaises d’un côté, le golfe ouvert de l’autre, et presque personne d’autre sur le sentier, même durant ce qu’on m’avait dit être une semaine d’août raisonnablement fréquentée. Les observations de baleines depuis le rivage sont assez fréquentes pour que les gardes affichent un décompte quotidien approximatif au centre d’accueil, chose que je n’avais vue dans aucun autre parc national.

Là où les montagnes finissent
Debout au cap Gaspé, la véritable pointe de la péninsule et la fin littérale de la chaîne des Appalaches, il y a un phare et pas grand-chose d’autre — juste de l’eau dans trois directions et le sentiment d’avoir atteint un véritable terminus plutôt qu’un point d’arrêt arbitraire. C’est une randonnée de plusieurs kilomètres depuis le parking le plus proche, ce qui maintient la foule clairsemée et le silence intact.
Quand y aller : Juillet et août pour la meilleure observation des baleines et des phoques et un accès complet aux sentiers ; début septembre apporte un air plus clair et nettement moins de randonneurs sur le sentier Les Graves.