Hippos surfacing on the still waters of Mare aux Hippopotames near Boromo at sunrise
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Boromo

"Nous ne devions rester qu'une nuit, et nous sommes restés pour les hippopotames que nous entendions respirer dans le noir."

Une bourgade poussiéreuse d'étape dans la Boucle du Mouhoun où les hippopotames émergent à l'aube et les orpailleurs travaillent les berges.

Nous ne voulions faire qu’une halte sur la route entre Bobo-Dioulasso et Ouagadougou, comme presque tout le monde. Boromo a cette réputation-là : la ville que l’on traverse, celle du poulet grillé correct au bord de la route et d’un lit pour la nuit. Lia avait lu un unique paragraphe sur un lac à hippopotames non loin de là et a refusé qu’on continue notre chemin sans s’arrêter, alors nous avons quitté la route un jour plus tôt que prévu. Cet entêtement s’est révélé être la meilleure décision de toute cette partie du voyage au Burkina Faso.

La Mare aux Hippopotames se trouve à une courte distance cahoteuse de la ville, et elle n’a pas l’air de grand-chose au premier abord — un lac large, peu profond, aux eaux brunâtres, bordé de forêt sèche, silencieux d’une manière qui vous fait baisser la voix sans qu’on ait besoin de vous le demander. Un guide local nous attendait au bord de l’eau avec une pirogue en bois qui semblait à un mauvais mouvement de chavirer, et Lia m’a serré le bras pendant toute la traversée. Puis l’eau a bougé quelque part devant nous, un roulis lent suivi d’un souffle, et les voilà : un groupe d’hippopotames, oreilles frémissantes, nous observant les observer. Le guide a presque arrêté de pagayer et nous a laissés dériver, assez près pour que j’entende l’air sortir de leurs naseaux.

A wooden pirogue gliding across the calm water of Mare aux Hippopotames with hippos nearby

De retour en ville ce soir-là, devant du riz et une sauce bien relevée à une table installée au bord de la route, notre hôte a évoqué l’or. J’avais supposé que les traînées rougeâtres dans les pistes de terre à la sortie de Boromo n’étaient que de la latérite, mais il a ri en disant que la moitié de la région en extrait depuis des générations — de petits groupes travaillant les cours d’eau saisonniers à la battée, avec la même patience que leurs grands-pères. Nous n’avons pas réussi à voir un site d’orpaillage de près, on nous a dit que les sites actifs se déplacent au gré des pluies, mais l’idée m’est restée : ce modeste carrefour assis à la fois sur des hippopotames et sur de l’or, sans renoncer facilement à l’un ou à l’autre.

A dry forest trail near Boromo with red laterite soil typical of the gold-panning region

Mais ce dont je me souviens le plus, c’est le son de cette nuit-là — des hippopotames quelque part au-delà des limites de la ville, un ronflement grave porté par la chaleur, tandis que les camions traversaient la route Bobo-Ouaga dans un vacarme, comme si de rien n’était. Ce contraste, c’est Boromo en une phrase.

Quand y aller : Visez la saison sèche, de novembre à mars — la chaleur est plus supportable, les pistes vers la réserve sont plus praticables, et les hippopotames sont plus faciles à repérer à mesure que le lac se rétracte vers son centre.