Affleurements granitiques s'élevant au-dessus des plaines de savane du parc national des Deux Balés au crépuscule
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Parc national des Deux Balés

"Nous étions venus chercher des éléphants, nous sommes repartis avec le silence des rochers à la place."

Un parc discret de plaines granitiques et de forêts galeries dans la Boucle du Mouhoun, autrefois refuge de centaines d'éléphants.

Je l’avoue : on a failli ne jamais aller aux Deux Balés. Tous ceux que nous avons croisés à Ouagadougou nous orientaient plutôt vers Nazinga, plus facile, disaient-ils, mieux balisé, plus “éprouvé”. Mais Lia avait lu sur les plaines granitiques de la Boucle du Mouhoun, cette façon qu’a le terrain de se plisser en affleurements rocheux plutôt que de s’étaler plat comme la savane que nous avions vue ailleurs, et elle n’était pas prête à lâcher l’idée. Nous avons donc engagé un chauffeur à Boromo, emporté plus d’eau que nécessaire en théorie, et nous sommes enfoncés dans un parc qui, pour autant qu’on ait pu en juger, n’avait accueilli qu’une poignée de visiteurs de toute la semaine.

Le paysage m’a frappé en premier. Je m’attendais à une prairie plate, la carte postale classique de la savane ouest-africaine, mais les Deux Balés n’a cessé de nous surprendre avec ses plateaux latéritiques et ces étranges dômes de granite érodé qui surgissaient de la plaine, l’altitude variant sous nos pieds d’une façon que je n’avais pas anticipée, entre 235 et 310 mètres. Notre guide, un homme discret nommé Issouf qui avait grandi dans un village en bordure du parc, n’arrêtait pas d’arrêter le véhicule juste pour montrer du doigt des formations rocheuses qu’il aimait manifestement encore, malgré les avoir vues mille fois.

Weathered granite outcrop rising from the savanna plains inside Deux Balés National Park

Nous n’avons pas vu d’éléphants, pas ce jour-là. Issouf nous a expliqué que le parc, avec la forêt voisine de Baporo, abritait environ 400 éléphants en 2001, une part de ce qui était alors la plus grande population d’éléphants de toute l’Afrique de l’Ouest. Entendre ce chiffre en regardant la brousse vide avait quelque chose d’étrange, une absence qu’on ressent plus qu’on ne la voit. Ce que nous avons trouvé, en suivant un lit de rivière asséché jusqu’à une poche de forêt galerie, c’est un petit troupeau d’antilopes figé en plein pas au détour d’un virage, et au-dessus de nos têtes, plus d’oiseaux que je n’ai pu en noter dans un carnet qui s’est rempli plus vite que prévu.

Antelope grazing at the edge of gallery forest along a seasonal watercourse in Deux Balés

Cette forêt galerie, qui serpente le long des cours d’eau saisonniers, c’est vraiment le cœur du caractère du parc : plus verte et plus dense que tout ce qui l’entoure, avec des traces de buffles imprimées dans la boue là où on s’y attendait le moins. C’est une façon d’observer la faune bien différente de celle des réserves plus établies, plus lente, plus silencieuse et, honnêtement, plus humble. Nous sommes repartis sans une seule photo d’éléphant, mais avec le sentiment d’avoir foulé un endroit vraiment peu fréquenté, ce qui, de nos jours, ressemble à un privilège en soi.

Quand y aller : Nous y sommes allés en saison sèche, et j’insisterais là-dessus, grosso modo de novembre à avril, quand les pistes restent praticables et que les animaux se rassemblent plus sûrement autour des derniers points d’eau.