Ilha do Mel
"Pas de voitures, pas de bitume, pas d'autre plan que l'horaire des marées. Ilha do Mel, c'est ce qui arrive quand une île refuse de se moderniser, exprès."
Une île sans voitures au large de la côte du Paraná, où la forêt rencontre le sable et où le seul trafic est celui des pieds nus sur les sentiers.
Rejoindre Ilha do Mel demande un effort, et c’est voulu ainsi — un bus jusqu’à Paranaguá, puis un bateau à travers la baie, et une fois descendu à terre, plus de routes, plus de voitures, pas même de vélos dans la plupart des coins. Tout se déplace à pied ou en bateau, et les sentiers de sable qui tiennent lieu de rues sont avalés par la marée deux fois par jour, ce qui veut dire que tout votre emploi du temps se plie à celui de l’océan, qu’on le veuille ou non. J’ai trouvé ce recalibrage presque immédiatement apaisant, comme quand on oublie à quel point les moteurs à combustion sont bruyants jusqu’à ce qu’ils disparaissent.
L’île se divise en deux principaux hameaux. Nova Brasília, où arrivent la plupart des bateaux, possède un petit quadrillage de pousadas et de gargotes de fruits de mer, et sert de base pratique. Encantadas, à une heure et demie de marche ou un court trajet en bateau plus au sud, est encore plus assoupie, avec une allure de village qui n’a pas beaucoup changé depuis des décennies — des pêcheurs qui réparent leurs filets sur le sable, des enfants qui jouent au foot sur un bout de pelouse entre deux maisons.

L’épine dorsale de l’île est une forêt atlantique dense, bruissante d’oiseaux, et le sentier qui la traverse jusqu’à Praia de Fora — la plage la plus sauvage, exposée au surf — a été la meilleure heure de marche que j’ai faite dans le sud du Brésil, de la boue et des racines sous les pieds, la canopée qui s’ouvre soudain sur une plage à ciel ouvert et des vagues qui claquent. La Fortaleza de Nossa Senhora dos Prazeres, un fort du dix-huitième siècle à la pointe de l’île, vaut le détour rien que pour la vue — des emplacements de canons qui surveillent un détroit que les navires portugais devaient jadis défendre.
Nous logions dans une pousada toute simple, avec un hamac tendu entre deux arbres sur la véranda, et je me souviens n’avoir rien fait de toute une après-midi — pas de wifi pour ainsi dire, aucune course possible — et avoir ressenti, pour la première fois depuis des mois, que j’étais réellement arrivé quelque part plutôt que de simplement y avoir voyagé.

Quand y aller : De décembre à mars pour une eau chaude et la pleine saison balnéaire, même si c’est aussi la période la plus fréquentée. Avril, mai, septembre et octobre offrent des sentiers plus tranquilles et une baignade encore agréable.