The Roman theatre of Patara with sand dunes and the long beach visible behind the ruins
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Patara

"Lia a trouvé une trace de tortue avant qu'on ne trouve les ruines, et franchement, ça a donné le ton."

Une plage de 18 kilomètres qui veille sur une capitale lycienne enfouie, où nids de tortues et colonnades à demi excavées partagent le même sable.

On a failli passer devant Patara sans s’arrêter. Pas de panneau spectaculaire, aucune foule pour vous guider, juste une route de terre à travers des champs de sésame qui débouche finalement sur un guichet et, au-delà, des ruines si éparpillées qu’elles semblent davantage découvertes qu’exposées. Je me souviens avoir coupé le moteur et n’avoir entendu que le vent qui traversait l’herbe sèche, en me disant : c’était autrefois la capitale de la Ligue lycienne, un lieu où des représentants de dizaines de cités se réunissaient pour voter dans ce qui est considéré comme l’un des plus anciens bâtiments parlementaires connus. Debout dans cette salle d’assemblée à moitié enterrée, le sable s’infiltrant dans des recoins que les archéologues n’avaient pas encore atteints, je me suis senti vraiment tout petit, d’une manière qu’Éphèse n’était jamais parvenue à provoquer chez moi, sans doute parce que personne d’autre n’était là pour me rappeler que j’étais un touriste.

L’identité de Patara se déploie en strates qu’il m’a fallu une journée entière pour démêler. C’est, dit-on, le lieu de naissance de saint Nicolas ; le site est ensuite devenu cette capitale de la Ligue lycienne au poids politique bien réel, puis, des siècles plus tard, les Romains y ont bâti un théâtre et érigé un arc de triomphe pour un gouverneur nommé Mettius Modestus, dont le nom reste lisible sur la pierre quand on lève les yeux en passant dessous.

The colonnaded street at Patara half-swallowed by dune sand

Nous avons ensuite arpenté la rue à colonnades, du moins ce qui en est visible : les archéologues continuent d’extraire des colonnes de sous les dunes, si bien qu’on marche littéralement sur une rue en train d’être déterrée. Puis le phare, daté du règne de Néron vers 64-65 après J.-C., posé de façon presque incongrue tout près de l’eau, comme s’il assurait encore sa fonction. Je ne cessais de penser que ce même sable qui a enseveli la rue pendant des siècles est aussi la raison pour laquelle des tortues viennent encore pondre à quelques centaines de mètres de là, chaque été.

The 18-kilometer sand beach at Patara at golden hour, with dunes and no crowds

Cette plage constitue l’autre versant de Patara, et c’est la partie que je n’imaginais pas aimer autant que les ruines. Dix-huit kilomètres de sable, le plus long tronçon de Turquie, et comme il s’agit d’une zone protégée de ponte pour les caouannes, on n’y trouve ni chaos de bars de plage ni rangées de transats, seulement des emplacements de nids balisés avec de petites pancartes manuscrites, et Lia longeant la laisse de mer à la recherche de traces comme si elle avait fait ça toute sa vie. Nous avons terminé la journée à manger du poisson grillé dans une minuscule gargote près du village de Gelemiş, encore les pieds pleins de sable, en discutant de l’étrangeté qu’il y avait à savoir que cette plage se trouve tout au début de la voie lycienne, ces 540 kilomètres de sentier qui s’étirent dans les montagnes derrière nous.

Quand y aller : Nous y sommes allés fin septembre et avons presque eu les ruines pour nous seuls ; je viserais plutôt avril-juin ou septembre-octobre, quand la chaleur retombe, que les foules se raréfient et qu’avec un peu de chance, on peut apercevoir des nids de tortues sans la cohue du plein été.

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