Vue panoramique sur le littoral turquoise d'Alanya depuis les murailles de pierre usée de l'ancienne forteresse perchée sur la colline

Moyen-Orient

Turkish Riviera

"Where ancient walls hold back nothing but the view of the sea."

Le bus me dépose à Kaş à sept heures du matin, avant que la chaleur ne s’installe, et la ville est encore assez silencieuse pour qu’on entende l’eau. Le port s’étend en contrebas de ruelles à bougainvillées et de maisons ottomanes, le genre d’endroit où on vous apporte le café sans avoir à le demander et où le pain est encore chaud. J’étais arrivé d’Antalya la veille au soir avec l’intention de rester deux jours. Je suis resté neuf. La Riviera Turque — ce tronçon d’Antalya vers l’ouest jusqu’à Fethiye que les Turcs appellent la Côte Turquoise — fonctionne comme ça. Elle a une façon de faire voler ton planning en éclats.

Ce qui distingue ce littoral du reste de la Méditerranée, ce n’est pas la mer, qui est belle sans être unique. C’est la densité d’histoire condensée le long du rivage. Les ruines lyciennes apparaissent à chaque virage : la cité à demi submergée de Kékova, visible uniquement depuis un kayak, ses rues et ses seuils se brouillant sous deux mètres d’eau limpide. Les tombeaux rupestres au-dessus de Myra, où l’on déambule entre des façades sculptées et des sarcophages pendant qu’un village de pêcheurs moderne continue sa vie en contrebas. Le théâtre d’Aspendos, si bien conservé qu’il accueille encore des représentations d’opéra lors des soirées d’été, avec une acoustique inchangée depuis le IIe siècle. Entre les ruines, des forêts de cèdres qui courent jusqu’au bord de la falaise, de petites pensions familiales où le dîner est une sélection fixe de mezzés qu’on n’a pas choisis et dont on n’a pas besoin de se préoccuper, et des criques accessibles uniquement en bateau où l’eau est exactement cette nuance de bleu qui ne s’attrape pas en photo comme dans la réalité.

Antalya, la capitale régionale, mérite deux ou trois jours avant de mettre le cap vers l’ouest. La vieille ville — Kaleiçi — est un enchevêtrement de remparts romains, d’églises byzantines et de minarets seldjoukides, le tout compressé en quelques pâtés de maisons à pied au-dessus du port. Le Musée Archéologique abrite l’une des meilleures collections de statuaire romaine de Turquie, et le bazar couvert est authentiquement vivant plutôt que touristique. Mange le piyaz ici — une salade de haricots blancs assaisonnée de tahin et de vinaigre, spécialité d’Antalya qu’on ne trouve nulle part ailleurs sous cette forme.

Quand y aller : D’avril à juin, c’est la fenêtre idéale — l’eau est assez chaude pour nager, la lumière est extraordinaire et les ruines ne sont pas encore envahies. Septembre et octobre fonctionnent presque aussi bien. Juillet et août amènent une chaleur féroce et le poids plein du tourisme européen de masse, surtout autour d’Ölüdeniz et d’Alanya.

Ce que la plupart des guides ratent : Ils présentent la Riviera comme des vacances à la plage avec des ruines antiques en bonus. C’est l’inverse. Ce littoral est un paysage d’une profondeur historique extraordinaire qui se trouve également avoir d’excellentes conditions de baignade. Va à Kékova avant dix heures du matin, quand les bateaux de touristes ne sont pas encore arrivés. Loue un kayak et pagaie seul au-dessus de la ville engloutie. C’est ça, la Riviera Turque dans ce qu’elle a de plus vrai — pas les piscines à débordement d’Ölüdeniz, mais un instant de silence au-dessus d’une civilisation noyée.