Les colonnes du temple d'Athéna à Priène se dressant contre une vue de colline sur la vallée du Méandre
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Priène

"Priène est ce que serait Éphèse si personne d'autre n'en avait jamais entendu parler."

Une cité ionienne à flanc de colline, tracée selon une grille stricte des siècles avant que l'urbanisme n'ait un nom, surplombant une vallée où se trouvait autrefois la mer.

J’ai failli ne pas m’arrêter à Priène. Ce devait être un rapide détour en route vers Didymes, vingt minutes pour pouvoir dire que je l’avais vue. J’y suis resté deux heures et demie et j’ai eu toute la colline pour moi, à l’exception d’un couple français reparti au bout de dix minutes parce que, comme l’a dit la femme en partant, « il n’y a rien ici, que des pierres. » Elle n’avait pas tort sur les pierres. Elle avait tort sur tout le reste.

Ce qui distingue Priène de tous les autres sites antiques que j’avais visités en Turquie, c’est la grille. La ville fut reconstruite au quatrième siècle avant J.-C. selon un plan de rues strictement rectangulaire, des îlots empilés le long de la pente du mont Mycale comme un délire hippodamien — c’est, sincèrement, l’un des tout premiers et des mieux préservés exemples d’urbanisme planifié dans tout le monde antique. On peut se tenir à un coin et voir la logique de toute la ville se déployer clairement : îlots résidentiels, agora, théâtre, tout ajusté à une grille qui ne se soucie pas du tout que la colline en dessous soit escarpée. En parcourant ces rues, en enjambant des seuils polis depuis deux mille cinq cents ans, je n’ai cessé de penser à quel point une grande partie de l’urbanisme moderne n’est que cette idée-là, redécouverte.

Le temple qui monte toujours la garde

Le temple d’Athéna Polias trône au sommet du site, cinq colonnes redressées contre un ciel qui, le jour de ma visite, était d’un bleu agressivement dégagé. Il n’a pas été reconstruit à son échelle d’origine — loin de là — mais les colonnes encore debout donnent les proportions, et depuis leurs pieds la vue s’ouvre sur ce qui fut autrefois le littoral égéen et qui est aujourd’hui une plaine verte et plate de champs de coton, traversée par le fleuve Méandre entièrement ensablé. C’est ce détail qui m’a saisi : Priène était une ville portuaire. La mer arrivait jusqu’au pied de la colline. Elle est aujourd’hui à huit kilomètres, et le port n’est plus que… des terres agricoles. Se tenir là où les marins ancraient autrefois leurs bateaux m’a procuré une sensation vraiment déroutante, plus forte que n’importe quel monument pris isolément.

Les colonnes de marbre érodées du temple d'Athéna se dressant contre le ciel à Priène

J’ai déjeuné — du pain, des olives, une tomate achetée le matin même à Söke — assis sur les gradins de pierre du petit théâtre, assez bas sur la colline pour que les cigales soient plus bruyantes que ma propre mastication. Aucun guide ne m’avait suggéré d’apporter un déjeuner ici. Je n’avais tout simplement pas envie de partir.

Pourquoi moins de gens viennent, et pourquoi c’est précisément le point

Priène ne reçoit qu’une fraction des visiteurs d’Éphèse, en grande partie parce qu’elle n’a pas de façade de bibliothèque à mettre sur une carte postale et que le trajet depuis Kuşadası prend une demi-heure supplémentaire après Didymes et Milet, que la plupart des circuits d’une journée regroupent et parcourent à la hâte. Mais l’absence de foule n’est pas ici un compromis — c’est l’expérience tout entière. On peut suivre la grille à pied sans un seul être humain sur ses photos, s’asseoir en silence dans le théâtre, et lire les panneaux d’information sans qu’un groupe de touristes ne les bloque. Priène récompense ceux qui acceptent de conduire un peu plus loin et d’attendre un peu moins de spectacle. Ce qu’elle offre en retour, c’est l’espace pour vraiment regarder.

Vue depuis l'acropole de la colline de Priène sur la plaine verte et plate qui fut autrefois la pleine mer

Quand y aller : au printemps (avril-mai) pour les fleurs sauvages sur la colline et un air assez frais pour grimper confortablement jusqu’au temple. Allez-y le matin avant que les gardiens du site ne ferment les sentiers du haut à cause de la chaleur de midi en été.