Diyarbakır
"Les murailles de Diyarbakır sont la première chose qu'on voit et la dernière à laquelle on cesse de penser."
Des murailles de basalte noir, deuxièmes seulement après la Grande Muraille de Chine, encerclent le cœur culturel du sud-est kurde de la Turquie, sur un méandre du Tigre.
On voit les murailles de Diyarbakır avant de voir la ville elle-même. Elles surgissent de la vallée du Tigre en une longue ligne ininterrompue de basalte noir, et l’effet, vu de loin, tient presque de la géologie, comme un affleurement que la terre aurait produit plutôt qu’une construction humaine. J’avais lu que ce sont parmi les plus longues murailles urbaines encore debout au monde, surpassées seulement par la Grande Muraille de Chine, et j’avais supposé que c’était le genre de superlatif qui rétrécit une fois sur place. Ce n’est pas le cas. Près de six kilomètres tiennent encore debout, ponctués de dizaines de bastions, et parcourir ne serait-ce qu’une fraction des remparts m’a pris presque tout un après-midi.
Les murailles et la vieille ville
J’ai grimpé sur les remparts près de la porte de Mardin et j’ai marché vers l’ouest tandis que la lumière devenait dorée, le basalte passant du noir à un étrange violet meurtri, le Tigre serpentant en contrebas en direction de la Mésopotamie. La pierre de Diyarbakır provient de roche volcanique locale, et cette couleur donne à toute la vieille ville une atmosphère que je n’ai vue nulle part ailleurs en Turquie — plus lourde, plus fortifiée, plus sérieuse. À l’intérieur des murailles, la vieille ville est un dédale de ruelles étroites et de maisons traditionnelles de Diyarbakır, construites dans le même basalte noir rayé de calcaire blanc, un motif que les habitants appellent « kebe » et que l’on retrouve aussi bien sur les mosquées que sur les églises et les maisons à cour. L’Ulu Camii, convertie à partir d’une église byzantine au onzième siècle, possède une cour austère où des colonnes romaines et byzantines récupérées lui donnent une grandeur composite, presque improvisée.

Le cœur culturel kurde
Diyarbakır est, sans ambiguïté, la capitale culturelle du sud-est kurde de la Turquie, et cette identité est présente partout — dans le kurde parlé dans la rue à côté du turc, dans la musique qui s’échappe des maisons de thé, dans une franchise et une hospitalité qui m’ont paru différentes de tout ce que j’avais connu ailleurs pendant ce voyage. On m’a invité à m’asseoir avec un groupe d’hommes jouant à l’okey, un jeu de tuiles turc, devant une maison de thé de la vieille ville, et bien que nous ne partagions peut-être qu’une vingtaine de mots d’une langue commune, je suis resté deux heures et suis reparti après avoir mangé de la pastèque, bu du thé, et écouté des ragots locaux mal traduits par gestes. Le bazar vend du cuivre, de la filigrane d’argent, et le künefe dense et intensément épicé de la région — un dessert de pâte filée trempée dans du sirop et garnie de fromage — que j’ai mangé assez chaud pour me brûler la langue, avant d’en recommander aussitôt.

Quand y aller : D’avril à juin ou de septembre à octobre. Les étés sur la plaine mésopotamienne sont ici redoutables, dépassant régulièrement les 40°C, et les murailles n’offrent guère d’ombre en milieu de journée.
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