La vallée de Glencoe à l'aube, les pics des Trois Sœurs émergeant de la brume matinale, une unique route filant à travers la lande violette
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Glencoe

"La vallée ne vous laisse pas oublier. Même sans connaître l'histoire, on la ressent."

Une vallée d'une beauté si brutale qu'on dirait que la terre est encore en colère pour ce qui s'est passé ici en 1692.

On entre dans Glencoe par un rétrécissement. La route depuis la lande de Rannoch descend dans la vallée et soudain les montagnes sont des deux côtés — les Trois Sœurs au sud, la crête d’Aonach Eagach au nord — et elles sont proches, bien plus proches que les crêtes montagneuses ne le sont habituellement, et elles pèsent au-dessus de vous avec une qualité qui relève moins de la grandeur que de la pression. Je me suis arrêté au premier parking et je suis sorti dans un air qui sentait la bruyère, la pierre mouillée et quelque chose de légèrement tourbeux, et j’ai regardé vers un monde qui semblait avoir été agencé spécifiquement pour communiquer l’échelle à un unique humain debout en bas.

Le massacre de 1692, quand des troupes gouvernementales ont tué dans leur lit trente-huit membres du clan MacDonald dans un acte de règlement de comptes politique, est tissé dans la vallée avec une persistance qui ne s’efface pas. Le centre de visiteurs du National Trust for Scotland à l’entrée de la vallée traite cette histoire avec soin et une sobriété qui la fait atterrir plus fort. On apprend les chiffres, les noms, la logique politique froide. Puis on conduit dans la vallée et on lève les yeux vers les mêmes sommets que ces gens regardaient, et l’abstrait devient spécifique d’une façon inconfortable.

Les Trois Sœurs de Glencoe s'élevant au-dessus du fond de la vallée, leurs sombres crêtes bordées de neige sous un ciel gris acier hivernal

La randonnée ici est sérieuse. L’Aonach Eagach — la crête dentelée qui forme le mur nord de la vallée — est l’une des traversées de crête les plus exigeantes d’Écosse, pas de l’escalade technique mais de la progression exposée qui nécessite du beau temps et un bon sens de la hauteur. J’en ai fait une version un jour où les nuages étaient hauts et la roche sèche, et j’ai passé la plupart du temps à me déplacer soigneusement le long d’une arête à peine assez large pour mes boots, avec le fond de la vallée absurdement loin en bas d’un côté, et les cirques s’enfonçant dans l’ombre de l’autre. J’ai mangé un sandwich au fromage assis sur un pinacle avec les jambes dans le vide. C’était spectaculaire, comme la nourriture l’est toujours quand on l’a méritée avec ses jambes.

Sous les crêtes, le fond de la vallée est traversé par la rivière Coe, et en automne — c’est quand je suis venu — les bouleaux sur les pentes inférieures tournent à l’or et à l’ambre dans une couleur qui semble capter et retenir la lumière basse de l’Écosse. Le village de Glencoe lui-même est calme et fonctionnel : une poignée de maisons, un pub avec une cheminée, un poste d’aiguillage reconverti en auberge de jeunesse. Le Clachaig Inn, quelques kilomètres plus haut dans la vallée, est l’arrêt traditionnel pour les grimpeurs et les marcheurs, et un samedi soir pluvieux la salle des bottes sent la laine mouillée, le bar sent la vieille bière, et les conversations portent presque exclusivement sur la météo et les itinéraires.

La rivière Coe serpentant dans le fond de la vallée en automne, les bouleaux embrasés d'or et d'ambre sur les pentes inférieures

J’ai passé deux nuits et j’ai découvert que la vallée faisait quelque chose à mon sommeil — profond et étrange, plein de ce qui semblait être un temps très ancien. Si c’est dû à l’altitude, à l’histoire ou simplement à l’absence de pollution lumineuse, je ne saurais dire. Je suis parti en comprenant, viscéralement, pourquoi les Écossais ont le rapport à leur paysage qu’ils ont. Cette vallée agit sur les gens depuis très longtemps.

Quand y aller : De septembre à novembre pour les couleurs d’automne et des foules moins nombreuses. L’hiver offre la possibilité dramatique de neige sur les crêtes mais les cols peuvent fermer. Le printemps est imprévisible et magnifique. Évitez le pic juillet-août dans le fond de la vallée, sauf si vous êtes prêt à partager votre silence.