The colossal facade of the Palace of Parliament rising above Bucharest's wide boulevards at dusk, its limestone columns catching the last orange light of the day
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Bucarest

"Bucarest n'est pas encore achevée, et c'est précisément cette qualité d'inachèvement qui la rend fascinante."

Une ville de contrastes radicaux — des demeures Belle Époque qui s'effritent aux côtés du mégalomane Palais du Parlement de Ceaușescu, dans une capitale qui n'a pas encore fini de se trouver.

Je ne m’attendais pas à m’attacher si vite à Bucarest. Les villes qui ont souffert — vraiment souffert, le genre de souffrance qui réécrit les lignes d’horizon et refaçonne les gens — vous tiennent généralement à distance un moment. Bucarest m’a laissé entrer dès le deuxième après-midi.

Le poids du Palais

Rien ne vous prépare au Palais du Parlement. Vous tournez un coin sur la Calea 13 Septembrie et la chose se matérialise simplement : douze étages de marbre et de mépris, le deuxième plus grand bâtiment administratif de la planète, construit par un dictateur qui a rasé tout un quartier historique — monastères, maisons, une colline — pour l’y poser. Lia s’est tenue à côté de moi sur l’esplanade et n’a rien dit pendant un long moment. Ce silence m’a semblé la seule réponse juste. L’échelle n’est pas tant impressionnante qu’elle n’est une sorte d’argument — et un argument dérangeant. À l’intérieur, des lustres du poids de petits avions pendent au-dessus de couloirs que personne n’utilise vraiment. L’excès est si total qu’il finit par rejoindre quelque chose de presque poétique.

La Belle Époque en dessous

Remontez vers la Calea Victoriei et Bucarest devient tout autre chose. Des façades d’influence française des années 1890 bordent le boulevard, leurs balcons de fer forgé légèrement affaissés, la peinture blanchie par le soleil valaque. On l’appelait autrefois le Paris de l’Est, et on sent encore cette aspiration incrustée dans la pierre, même là où le plâtre s’écaille. J’ai trouvé un café sur la Strada Brezoianu avec un plafond en étain gaufré et commandé une țuică — l’eau-de-vie de prune locale — avant midi, ce qui m’a semblé tout à fait indiqué. Elle est arrivée chaude, ce à quoi je ne m’attendais pas, et goûtait la fumée de bois et quelque chose fermenté au fond de l’automne.

La surprise qui m’a le plus marqué, pourtant, c’était le marché alimentaire de la Piața Obor un samedi matin. Je n’avais rien lu à son sujet. Nous y sommes entrés en cherchant du café et nous avons trouvé à la place une immense halle couverte dense de marchands vendant du telemea fumé enveloppé dans du tissu, des bocaux de rayons de miel bruts, des bottes de livèche séchée et des têtes de tournesol entières grillées. Une vieille femme m’a mis dans la main une tranche de cozonac — le pain brioché tressé — sans demander. C’était la meilleure chose que j’aie mangée en Roumanie.

Une ville en plein milieu d’une phrase

Ce que Bucarest ne fait pas, c’est se résoudre. Les échafaudages de rénovation montent et descendent sans progrès apparent. Un immeuble moderniste s’intercale entre deux demeures restaurées comme un trou dans un sourire. Il y a du bruit de chantier, puis le silence, puis encore le chantier. J’ai trouvé cette qualité — la ville en plein milieu d’une phrase — véritablement stimulante plutôt que frustrante. C’est un endroit qui décide encore de ce qu’il veut être, et cette ouverture lui confère une vitalité que les villes achevées perdent parfois.

Quand y aller : Mai et début juin apportent des températures douces et les tilleuls en fleur le long des boulevards, emplissant l’air d’une douceur lourde, presque narcotique. Septembre est tout aussi bien — lumière dorée, moins de foule, et les terrasses en plein air encore pleines bien après le coucher du soleil.