Maisons à colombages et château de Stahleck se dressant au-dessus des remparts de la vieille ville de Bacharach à l'heure dorée
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Bacharach

"Bacharach est le genre d'endroit qui vous fait vous demander pourquoi vous vivez ailleurs."

Une ville médiévale rhénane si bien préservée qu'elle donne à douter que les cinq derniers siècles s'y soient vraiment écoulés.

Je suis arrivé en train depuis Francfort au moment précis où la lumière de l’après-midi virait à l’ambre, les gorges du Rhin se resserrant autour des fenêtres du wagon comme les pages d’un livre illustré qui se referme lentement. Bacharach est apparue soudainement : un enchevêtrement serré de maisons à colombages derrière un mur d’enceinte, et au-dessus, sur un éperon couvert de vignes, les tours pâles du château de Stahleck. Je suis descendu sur le quai avec mon sac et je suis resté immobile pendant une minute entière, parce que parfois un endroit arrive d’un seul coup et il faut un moment pour l’absorber.

Le château de Stahleck se dressant au-dessus des vignobles d'automne avec vue sur Bacharach et le Rhin

La ville tient à l’intérieur de ses remparts médiévaux avec de la place à revendre. La Peterstrasse, la rue commerçante principale, est bordée de Fachwerk — le style allemand à colombages — dans des tons d’ocre et de crème, les poutres de bois assombries par les ans. La chapelle Werner, une ruine gothique ouverte au ciel depuis la guerre de Trente Ans, se dresse au milieu de tout cela comme un rappel courtois que la beauté et la catastrophe ne sont pas incompatibles. J’ai traversé sa nef sans toit au crépuscule, des pigeons se posant sur les arches brisées, et j’ai ressenti la gravité particulière d’un endroit où l’histoire n’a pas été rangée ni expliquée jusqu’à l’assujettissement.

Le vin ici n’est pas un accessoire. Les sols ardoisiers du Mittelrhein produisent des Rieslings d’une intensité presque inconfortable — secs, minéraux, avec une acidité qui paraît structurelle plutôt que tranchante. Au Gasthaus Jägerstube, j’ai commandé le Riesling de la maison au Schoppen et je l’ai bu avec un Sauerbraten qui avait mariné depuis mardi au moins. La sauce était sombre et sucrée avec des raisins secs et du vinaigre ; le vin la tranchait avec netteté. Le couple à la table voisine venait chaque septembre depuis vingt-deux ans et pouvait nommer chaque vigneron de la colline. J’ai écouté sans honte.

La ruine gothique sans toit de la chapelle Werner au crépuscule dans le centre de la vieille ville de Bacharach

Le château de Stahleck fonctionne maintenant comme auberge de jeunesse — un fait que je trouve tout à fait charmant — et la montée par le chemin du vignoble prend vingt minutes depuis la porte de la ville. Depuis les créneaux, le Rhin oblique vers le sud à travers ses gorges en un seul arc majestueux, le trafic de barges se déplaçant en dessous comme une ponctuation lente. Les vignobles descendent en terrasses si abruptes qu’on ne peut imaginer qui les entretient. Quelqu’un le fait pourtant. Quelqu’un le fait toujours dans cette vallée, de génération en génération, s’accrochant à ces pentes impossibles comme si quelque chose d’important en dépendait — et je suppose que c’est le cas.

Quand y aller : De fin septembre à mi-octobre pour les vendanges. Le Federweisser — vin nouveau partiellement fermenté — apparaît sur chaque table de Gasthaus, et les coteaux brillent d’un or cuivré. Mai est plus calme et frais, avec les vignobles d’un vert tout frais et les gorges presque à soi tout seul avant le début de la saison des croisières.