Terres agricoles et rivière Péribonka près du village de Péribonka, sur la rive nord du Lac-Saint-Jean
← Québec

Péribonka

"Péribonka est le village qui a donné au Québec son histoire fondatrice de l'attachement à la terre — et cet attachement, quand on voit le paysage, finit par prendre tout son sens."

Le village riverain qui a inspiré le mythe littéraire fondateur du Québec sur la survie sur la terre — aujourd'hui une paisible étendue de terres agricoles, un musée, et l'une des grandes régions de bleuets sauvages d'Amérique du Nord.

Je n’avais pas lu Maria Chapdelaine avant d’arriver à Péribonka, ce que la dame à l’accueil du musée a semblé trouver légèrement scandaleux, dans cette manière douce qu’ont les Québécois d’exprimer le scandale. Le roman — écrit par Louis Hémon, un Français qui a passé un seul hiver ici comme homme de ferme en 1912 avant de mourir dans un accident de train l’année suivante, sans jamais voir son livre publié — est devenu l’un des textes fondateurs de l’identité québécoise : l’histoire d’une jeune femme qui choisit de rester sur cette terre agricole difficile plutôt que de partir pour la ville ou pour la Nouvelle-Angleterre, et celle de la terre elle-même comme une sorte de pacte. Péribonka, où Hémon a réellement vécu et travaillé, a pleinement embrassé cet héritage, avec un musée construit sur la ferme où il logeait, des bâtiments en bois rond préservés de l’époque, et une reconstitution qui donne une vraie idée de la reculée que cette frontière du Lac-Saint-Jean était encore il y a un siècle.

Le village se trouve à l’endroit où la rivière Péribonka rejoint le coin nord-est du lac, et le terrain du musée descend jusqu’à l’eau — la même eau que Hémon devait regarder en écrivant, les mêmes champs toujours cultivés sur les fermes environnantes. En marchant sur le terrain en début de soirée, avec les foins captant la dernière lumière et la rivière glissant tranquillement, j’ai compris l’attrait du choix central du roman d’une façon que la lecture, faite après coup, n’a fait que confirmer : c’est une terre sans éclat, difficile, réellement belle, et y rester n’a rien d’une décision irrationnelle.

Les bâtiments de ferme et la cabane en bois rond du Musée Louis-Hémon à Péribonka, les foins s'étendant vers la rivière Péribonka

Au-delà du pèlerinage littéraire, Péribonka et la paroisse environnante sont un véritable pays du bleuet sauvage — le sol sablonneux et acide laissé par le lac glaciaire qui recouvrait autrefois tout ce bassin est presque idéal pour la plante, et les champs autour du village prennent une teinte bleu poussière profonde vers la fin juillet. Je me suis arrêté à un kiosque au bord de la route tenu par une famille de fermiers qui m’a laissé cueillir moi-même un petit panier avant de me vendre un panier bien plus grand qu’ils avaient déjà récolté, selon la théorie raisonnable que je serais plus lent et moins minutieux qu’eux. Ils n’avaient pas tort.

Champs de bleuets sauvages près de Péribonka sous un vaste ciel d'été, la récolte prenant une teinte bleu-gris à mesure qu'elle mûrit

La rivière elle-même, un affluent majeur qui alimente le Lac-Saint-Jean depuis le nord, offre un canotage tranquille et une route panoramique en amont vers la Réserve faunique des Laurentides, mais la plupart des gens viennent à Péribonka pour la même raison que les lecteurs de Hémon depuis plus d’un siècle — voir de leurs propres yeux ce bout de terre précis qui a convaincu toute une province de sa propre histoire.

Quand y aller : De fin juillet à août pour la pleine saison du bleuet sauvage et le temps le plus chaud pour canoter sur la rivière. Le Musée Louis-Hémon est ouvert de mai à octobre.