Place Royale
"Chaque pierre ici a fait l'objet d'une dispute en français — et c'est, d'une certaine façon, tout l'enjeu."
J’ai trouvé la Place Royale le deuxième matin de mon séjour à Québec, en descendant l’escalier de la Haute-Ville vers la Basse-Ville au moment où la lumière commençait à faire quelque chose d’extraordinaire avec la pierre. La place est nichée au pied de la falaise — un ensemble compact de bâtiments du XVIIe siècle autour d’un buste de bronze de Louis XIV, le plus vieux quartier commercial de la Nouvelle-France. Debout là à huit heures du matin, avant l’arrivée des touristes, je pouvais presque croire que quatre siècles s’étaient comprimés en une seule nuit. L’air portait le Saint-Laurent avec lui : froid, minéral, légèrement industriel, l’odeur d’un fleuve qui travaille plutôt que d’un fleuve que l’on contemple.

La Fresque des Québécois sur le mur d’un bâtiment au coin de la place m’a arrêté longtemps — un trompe-l’œil représentant des résidents de Québec à travers quatre siècles, empilés dans des fenêtres et des portes imaginaires, en taille réelle, et étrangement émouvant. Il y a quelque chose de tendre dans une ville qui se célèbre ainsi, peignant son passé sur son présent sans s’en excuser. À l’intérieur de l’Église Notre-Dame-des-Victoires, la petite église de pierre qui ancre la place, l’intérieur était assez silencieux pour entendre les bougies. La peinture du plafond — primitive, dévote, absolument sincère — ressemblait à l’œuvre d’un enfant animé d’un vrai sentiment, ce qui n’est pas une insulte.
Le quartier autour de la Place Royale, Petit-Champlain, est le plus célèbre : la rue étroite avec ses boutiques, ses cabanes à sucre et ses restaurants aux portes basses. Les guides l’appellent la plus ancienne rue commerciale d’Amérique du Nord, et c’est peut-être vrai, bien que la situation des boutiques me rappelait davantage un endroit en Alsace que quelque chose d’authentiquement ancien. Mais il y a un restaurant — L’Échaudé, rue Sault-au-Matelot, à deux pas de la place — où j’ai mangé une tourtière au déjeuner qui m’a fait comprendre pourquoi la cuisine québécoise n’a pas à s’excuser. Dense, profondément épicée, servie avec un ketchup aux fruits maison, c’était le genre de nourriture qui vous rend méfiant vis-à-vis de la complexité.

Le soir, la Place Royale se vide entre le service du dîner et devient tout autre chose. Je me suis assis sur les marches près de l’église pendant une heure à écouter le fleuve et à regarder les lumières de la Haute-Ville s’allumer au-dessus de la falaise. Il y a une raison pour laquelle cette ville a été fondée ici — la défendabilité, la traversée du fleuve, le port naturel — et debout sous la falaise au crépuscule, j’ai ressenti cette raison à un endroit précis dans ma poitrine.
Quand y aller : De mai à octobre pour le temps de promenade et les événements en plein air. Les Fêtes de la Nouvelle-France en août transforment la Place Royale en tableau vivant de la Nouvelle-France du XVIIe siècle, avec des acteurs en costume d’époque et de la musique partout. En hiver, la place se tait de façon spectaculaire et devient véritablement hantée — ça vaut le coup si vous êtes déjà là pour le Carnaval d’hiver de Québec.