Le long pont romain en pierre de Chaves enjambant le fleuve Tâmega avec la vieille ville derrière
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Chaves

"Chaves, c'est là où les Romains se sont arrêtés pour se tremper les pieds il y a deux mille ans, et honnêtement, j'ai compris l'envie immédiatement."

Une ville frontalière près de l'Espagne bâtie sur un pont romain et une source chaude, où l'eau jaillit naturellement chaude du sol et où les viandes fumées sont prises aussi au sérieux que les bains thermaux.

Je suis entré à Chaves depuis le côté espagnol, assez près de la frontière pour que les panneaux routiers viennent tout juste de repasser en portugais, et le nom de la ville — qui signifie « clés » en portugais, bien qu’il descende en réalité du romain Aquae Flaviae — prend davantage de sens une fois debout sur le pont. C’est une structure véritablement romaine, longue de seize arches, enjambant le fleuve Tâmega, portant encore piétons et circulation légère comme elle le fait depuis près de deux mille ans, avec des colonnes milliaires usées à une extrémité qui marquaient autrefois la route reliant Braga à Astorga en Espagne. Debout là en fin d’après-midi, regardant le fleuve glisser sous des arches construites par des ingénieurs dont personne ne se souvient du nom, j’ai eu l’un de ces petits moments d’émerveillement disproportionné dont le Portugal continue de me prendre en embuscade.

L’eau qui ne refroidit jamais

Ce pour quoi Chaves est vraiment connue, au-delà du pont, c’est son eau — une source chaude naturelle qui jaillit à environ 73°C, l’une des plus chaudes d’Europe, que les Romains ont canalisée en bains et que la ville utilise encore aujourd’hui aux thermes de Chaves. J’y suis allé sceptique, surtout par curiosité, et j’en suis reparti converti : s’asseoir dans un bassin d’eau minérale naturellement chaude par une soirée fraîche du Trás-os-Montes, la vapeur s’élevant de la surface dans l’obscurité, est l’un de ces plaisirs simples qui n’ont pas besoin d’être enjolivés. Un employé m’a raconté que les habitants viennent chercher les eaux, pour de véritables maux, bien avant que cela ne devienne un argument marketing de bien-être — ici, c’était de la médecine, pas du marketing thermal.

Vapeur s'élevant des bassins de source thermale naturelle de Chaves avec le bâtiment thermal ancien en arrière-plan

Chaves est aussi, de manière inattendue, une sérieuse ville gastronomique, au cœur du pays de la charcuterie du Trás-os-Montes. Je me suis régalé d’une assiette de presunto de Chaves, le fameux jambon fumé de la région, et d’alheira, la saucisse fumée que les communautés juives forcées de se convertir pendant l’Inquisition auraient inventée — farcie de pain et de volaille plutôt que de porc, précisément pour qu’une saucisse pendue dans la cheminée trompe un inspecteur soupçonneux. La femme qui tenait la tasca où je mangeais a raconté cette histoire spontanément, avec fierté, entre deux services d’un rude vin rouge local qui arrivait dans une bouteille sans étiquette et qui avait le goût d’avoir des opinions.

Jambons crus et saucisses fumées suspendus dans une charcuterie traditionnelle du Trás-os-Montes à Chaves

J’ai quitté Chaves le lendemain matin en sentant vaguement le soufre et la viande fumée, ce qui m’a paru un souvenir fidèle de l’endroit.

Quand y aller : L’automne, quand la matança (la traditionnelle saison de l’abattage du porc et de la charcuterie) bat son plein et que les bains thermaux font particulièrement du bien contre le premier coup de froid venu des collines du Trás-os-Montes.