Les tours en calcaire pâle du château de Jabrin se dressant seules contre la plaine caillouteuse près de Bahla, Oman
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Château de Jabrin

"Construit par un imam qui voulait une bibliothèque plus qu'une salle de guerre."

Un palais-forteresse ya'aroubide du XVIIe siècle célèbre non pour ses murailles mais pour ce qu'elles renferment — plafonds peints, bibliothèque secrète et un canal de falaj traversant tout le bâtiment.

J’avoue avoir failli faire l’impasse sur Jabrin. Le fort de Bahla était à vingt minutes et cochait déjà la case UNESCO, et de l’extérieur, Jabrin ressemblait à une simple boîte couleur sable posée sur une plaine de gravier plate, sans rien de remarquable à côté des montagnes plus au nord. Lia a insisté pour qu’on s’arrête quand même, sur la foi d’un unique paragraphe dans un guide qui employait l’expression « le plus bel intérieur d’Oman ». Elle avait raison d’insister.

Un Fort Construit Pour les Livres, Pas Pour les Batailles

Jabrin a été construit en 1675 par l’imam Bil’arab bin Sultan al-Ya’roubi, et presque tout, dans ce château, va à l’encontre de la logique habituelle des forts. La plupart des forts omanais sont construits pour repousser — murs épais, peu de fenêtres, meurtrières orientées pour une couverture maximale. Jabrin en possède aussi, mais l’imam qui l’a commandité s’intéressait, selon la plupart des sources, davantage à l’astronomie, à la médecine et au droit islamique qu’à la guerre. Il s’est fait construire une aile bibliothèque et une salle spécifiquement dédiée à l’enseignement, et l’élément le plus célèbre du château — un plafond dans la salle du Soleil et de la Lune peint de motifs géométriques en rouge, bleu et or, encore vif après trois siècles et demi — n’a rien à voir avec la défense.

Je suis resté sous ce plafond plus longtemps que n’importe où ailleurs dans le bâtiment. La peinture s’est effacée par endroits, mais le motif se lit encore assez clairement pour qu’on puisse suivre où la main de l’artiste a ralenti pour les détails les plus fins autour du médaillon central. Aucune plaque n’expliquait la signification de cette géométrie précise, et j’ai préféré qu’il en soit ainsi.

Le Falaj Sous le Plancher

The painted Sun and Moon ceiling inside Jabrin Castle, geometric patterns in red, blue, and gold

Le détail qui m’a réellement arrêté dans les escaliers, pourtant, était un canal d’eau courante creusé directement à travers le rez-de-chaussée du château — un falaj dérivé du système d’irrigation principal à l’extérieur, canalisé sous le bâtiment pour rafraîchir et alimenter la maisonnée, puis redirigé à l’extérieur pour continuer d’irriguer les palmeraies au-delà des murs. C’est une prouesse d’ingénierie si simple que j’ai failli passer devant sans la remarquer, jusqu’à ce que j’entende le bruit de l’eau et baisse les yeux.

Les cages d’escalier elles-mêmes méritent d’être mentionnées à part. Jabrin en compte un nombre inhabituel — l’intérieur est un véritable casse-tête en trois dimensions, avec de fausses portes et de courts escaliers ne menant nulle part, apparemment construits exprès pour ralentir un attaquant qui aurait franchi les défenses extérieures. Lia s’est perdue deux fois à l’étage supérieur pendant que je riais en bas, avant de me perdre moi-même en allant la retrouver.

La Pièce du Sommet

La chambre la plus haute donne sur un toit plat offrant une vue dégagée sur la plaine jusqu’aux contreforts de l’Al Hajar — aucune autre structure à des kilomètres à la ronde, rien que du gravier, quelques acacias épars et la chaleur qui tremble dans l’air. C’est une vue calme, presque anticlimatique après la densité des pièces en dessous, et c’est précisément ce contraste qui la rend saisissante. On gravit trois siècles de plafonds peints et d’escaliers secrets pour n’arriver que face au désert ouvert.

A narrow interior staircase inside Jabrin Castle leading past a false door to an upper chamber

Quand y aller : D’octobre à mars. Combinez-le avec le fort de Bahla en une seule journée — ils sont assez proches pour voir les deux sans se presser, et le contraste entre l’échelle de Bahla et l’intimité de Jabrin rend chacun plus saisissant.