Remparts de pierre et porte en bois de la forteresse de Louisbourg surplombant le port
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Forteresse de Louisbourg

"J'ai franchi la porte et 1744 s'est refermée autour de moi."

Une ville fortifiée française du XVIIIe siècle reconstituée au Cap-Breton, où des interprètes costumés rendent la vie coloniale étrangement présente.

Lia et moi avons failli faire l’impasse sur Louisbourg. On nous avait dit « ce n’est qu’une reconstitution », avec ce haussement d’épaules qui laissait entendre que ça ne valait pas le détour jusqu’à l’île du Cap-Breton. Je suis content qu’on ait ignoré ce conseil. La forteresse que les Français ont bâtie ici entre 1713 et les années 1740 devait surveiller l’entrée du golfe du Saint-Laurent, un port fortifié et une colonie de pêche qui est devenue l’un des ports les plus animés d’Amérique du Nord avant même d’être achevée. Debout sur le bastion du Roi par une matinée grise, le brouillard encore bas sur l’eau, j’ai compris immédiatement pourquoi les Français avaient choisi cet endroit, et pourquoi tout le monde a ensuite voulu le leur arracher.

Ce qui me frappe à Louisbourg, ce n’est pas seulement l’ampleur du site — même si c’est la plus grande reconstitution historique du continent — c’est à quel point tout y est précis. Environ un quart de la ville d’origine a été reconstruit depuis les années 1960 d’après les plans français authentiques, avec des matériaux d’époque, dans les moindres détails. On a passé une heure rien que dans la maison Duhaget, fascinés par les fours à bois et les clous forgés à la main. Un interprète costumé du nom de Marc, incarnant un soldat des Compagnies franches de la Marine, nous a fait visiter les casernes et a répondu à nos questions en restant dans son personnage pendant un bon quart d’heure, avant de finir par éclater de rire quand Lia lui a demandé s’il avait le wifi.

Interprète costumé en uniforme militaire français du XVIIIe siècle à la porte de la forteresse

L’histoire d’ici a de vraies dents. Les forces coloniales de la Nouvelle-Angleterre ont capturé la forteresse en 1745, la France l’a récupérée par traité en 1748, puis les Britanniques s’en sont emparés définitivement en 1758 et en ont délibérément démoli une grande partie, pour qu’elle ne puisse plus jamais menacer leur emprise sur la région. Assis dans l’herbe près du quai, à manger du pain encore tiède acheté à la boulangerie du Roi, je n’arrêtais pas de penser à quel point ce que nous regardions avait été construit pour être détruit deux fois — une fois par le canon, une fois par un traité de paix, et une fois encore par des équipes de démolition. C’est une sensation étrange que d’admirer quelque chose reconstruit avec tant de soin précisément parce qu’il avait été effacé avec tant de minutie.

Bâtiments de pierre reconstitués et canon le long des remparts de la forteresse face au port

Nous sommes partis en fin d’après-midi, les interprètes commençant déjà à refluer vers le centre d’accueil, la forteresse se vidant peu à peu de son XVIIIe siècle. Lia a dit qu’on avait moins l’impression de visiter un musée que d’avoir interrompu quelque chose qui continuait, sans nous, à exister. Je crois qu’elle a parfaitement raison.

Quand y aller : Privilégiez juin à septembre, quand Parcs Canada déploie tous ses interprètes et ouvre presque tous les bâtiments — en dehors de cette période, Louisbourg se fait silencieuse, et une bonne part de la magie s’en va avec le monde.