Des danseurs masqués jouant El Güegüense dans les rues de Diriamba
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Diriamba

"Diriamba est calme onze mois par an, puis, pendant quelques jours en janvier, elle devient l'endroit le plus bruyant et le plus insolent du Nicaragua."

Une ville coloniale qui s'embrase chaque janvier en un théâtre masqué et satirique, dansé pour la fête de son saint patron, El Güegüense.

J’ai eu le bon timing par accident. J’avais prévu de passer par Diriamba un mardi tout à fait ordinaire, et j’ai plutôt trouvé les rues fermées à la circulation, de la musique de marimba hurlant depuis des enceintes empilées sur un camion à plateau, et une procession de danseurs en masques de bois sculpté qui avançait dans la foule sur un enchaînement visiblement satirique, même si je ne saisissais pas encore la blague. Quelqu’un à côté de moi, mort de rire, m’a expliqué : c’était El Güegüense, et j’étais tombé en plein dans la fête du saint patron San Sebastián sans même le savoir.

Le théâtre comme acte de défi

El Güegüense est, autant qu’on puisse en juger, la plus ancienne tradition théâtrale et dansée encore vivante en Amérique qui mêle des éléments indigènes et coloniaux espagnols, et elle est née précisément comme satire — un vieux marchand rusé qui déjoue et ridiculise les autorités coloniales espagnoles devant elles, joué dans un mélange de nahuatl et d’espagnol qui permettait à ses spectateurs d’origine de se moquer ouvertement de leurs dirigeants sans en payer le prix. À voir la pièce jouée dans les rues de Diriamba des siècles plus tard, la résistance reste lisible même si l’on ne saisit pas chaque réplique : les révérences exagérées, les fonctionnaires masqués qu’on mène en rond, les rires de la foule tombant pile là où la blague vise l’autorité. Une femme qui vendait des raspados non loin de là m’a raconté que son grand-père avait dansé ce même rôle dans cette même rue, et que rien dans la chorégraphie n’avait jamais été autorisé à s’adoucir au fil des années.

Des danseurs masqués en costumes coloniaux richement ornés se produisant dans les rues de Diriamba

Une ville coloniale qui se souvient de qui elle honore

La fête du saint patron de Diriamba s’étale sur plusieurs jours en janvier, centrée sur la Basílica Menor de San Sebastián, une église qui ancre le cœur colonial de la ville avec une façade qui mérite le détour même hors saison festive. Au-delà du théâtre, la fête comprend des processions, des feux d’artifice, et des étals de nourriture vendant de tout, des nacatamales à l’horchata fraîche, et toute la ville fonctionne selon la logique de la fête pendant ces quelques jours — les commerces ferment, les familles élargies arrivent de Managua et d’ailleurs, et l’atmosphère bascule presque du jour au lendemain d’une petite ville de province assoupie à une célébration civique dans toute sa splendeur.

La façade coloniale de la Basílica Menor de San Sebastián de Diriamba au crépuscule

En dehors des dates de la fête, Diriamba retrouve son rôle de ville agricole de négoce sur la route vers la côte de Carazo, agréable mais sans grand relief pour qui ne fait qu’y passer. Ce contraste est exactement ce qui fait son intérêt — c’est une ville qui garde son identité la plus vive en réserve, sortie avec toute sa force une fois par an, et qui mérite qu’on organise son voyage autour d’elle si on le peut.

Quand y aller : Fin janvier, plus précisément autour du 17 au 27 janvier pour la fête de San Sebastián et les représentations d’El Güegüense — en dehors de ces dates, Diriamba est une halte tranquille plutôt qu’une destination en soi.