Des porte-conteneurs amarrés au port de Corinto avec des barques de pêcheurs au premier plan à l'heure dorée
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Corinto

"Corinto est la seule ville nicaraguayenne où l'océan évoque d'abord le fret, avant même la plage."

L'unique port en eau profonde du Pacifique nicaraguayen, une ville-île étroite reliée au continent par une chaussée, où porte-conteneurs et barques de pêcheurs partagent le même horizon.

On arrive à Corinto en traversant une chaussée, premier signe que ce n’est pas une ville côtière comme les autres — tout l’endroit repose sur une île étroite à peine détachée du continent, reliée par une bande de route bordée de chenaux de mangrove des deux côtés. J’étais parti de Chinandega dans un minibus chaud et bondé, et le changement a été immédiat : du sel dans l’air, des mouettes tournoyant au-dessus des toits, et au bout de la rue principale, démesurées contre la ligne d’horizon basse, les grues portuaires du principal port en eau profonde du Nicaragua. Je ne m’attendais pas à ce qu’une ville portuaire industrielle ait autant d’atmosphère, mais Corinto a un charisme salin bien particulier que la Grenade coloniale, elle, n’a tout simplement pas.

Un port, deux économies

Presque tout le commerce conteneurisé du Nicaragua — café, sucre, produits manufacturés importés — transite par Corinto, et on sent cette échelle dès qu’on s’approche des quais : d’énormes cargos font la queue au large, attendant leur tour à des postes à quai qui font paraître minuscules les pangas en bois amarrées à quelques centaines de mètres de là. C’est une juxtaposition étrange et honnête. Un soir, je me suis arrêté au bord de la route du port pour regarder un porte-conteneurs se faire charger sous des projecteurs pendant que, pas à cinquante mètres de là, un pêcheur démêlait un filet à la lumière de son téléphone. Deux échelles de vie maritime complètement différentes, partageant la même eau, s’ignorant presque l’une l’autre.

Une barque de pêche en bois usée par le temps amarrée près du port de Corinto, avec les grues à conteneurs visibles en arrière-plan

La vie sur l’île étroite

La ville elle-même est compacte, construite sur une grille de rues à peine plus larges que les maisons qui les bordent, avec des bâtiments en bois de style caribéen qui semblent davantage sortis des îles du Maïs que du littoral pacifique. En fin d’après-midi, les familles installent des chaises en plastique directement sur la digue pour profiter de la brise, les enfants pêchent de minuscules sardines depuis les rochers avec des lignes à main, et des vendeurs proposent des gobelets de vigorón et des Toña bien fraîches depuis des glacières à roulettes. J’ai mangé du poisson frit dans un comedor à deux rues du port, avec une vue directe sur le chenal jusqu’aux quais de chargement — c’est peut-être le seul repas de tout mon séjour au Nicaragua pris avec un porte-conteneurs en toile de fond. Corinto ne reçoit pas beaucoup de visiteurs étrangers, et ceux qui passent par là ne font généralement qu’un arrêt en route vers Chinandega ou les plages plus au sud, ce qui donne à la ville une allure sans façon, vécue, rare sur cette côte.

Une vue au coucher du soleil sur une rue étroite de Corinto bordée de maisons en bois de style caribéen, avec le port visible au bout

Quand y aller : La saison sèche (novembre à avril) maintient la chaussée et les rues basses hors d’eau et offre la meilleure lumière pour observer le port au crépuscule. Évitez septembre-octobre, quand les fortes pluies peuvent rendre les routes basses de l’île réellement difficiles.