Le toit de l'Afrique du Nord, où des villages berbères s'accrochent aux vallées et les sentiers de randonnée mènent au point culminant du monde arabe.
Le Haut Atlas s’annonce bien avant qu’on l’atteigne. En roulant vers le sud depuis Marrakech, les plaines cèdent la place à des collines couleur terre brûlée, puis les montagnes apparaissent — un rempart dentelé de roche et de neige qui coupe le Maroc en deux, séparant la côte tempérée de la fournaise saharienne. C’est l’épine dorsale de l’Afrique du Nord, une chaîne qui s’étire sur près de sept cents kilomètres et s’élève à des altitudes qui n’auraient pas dépayé dans les Alpes européennes. Pourtant, l’Atlas n’a rien des Alpes. Pas de téléphériques, pas de sentiers balisés au cordeau, pas de chalets à fondue. Ici, les montagnes appartiennent aux Imazighen — le peuple berbère —, qui cultive ces versants depuis des millénaires et dont les villages semblent pousser directement de la terre sur laquelle ils reposent.
La porte d’entrée pour la plupart des voyageurs est Imlil, un petit village perché à 1 740 mètres d’altitude qui sert de point de départ pour le Jebel Toubkal, point culminant du monde arabe avec ses 4 167 mètres. L’ascension au sommet n’est pas technique — ni cordes ni crampons en été —, mais elle mérite le respect. Le sentier monte à travers des noyers et longe des refuges de pierre, l’air se raréfiant à chaque lacet, jusqu’à ce qu’un dernier pierrier vous dépose sur un sommet d’où le regard s’étend, par temps clair, du Sahara jusqu’à l’Atlantique. La plupart des grimpeurs font de cette ascension un trek de deux jours, dormant au Refuge Toubkal et repartant avant l’aube pour atteindre le sommet. La descente, les genoux en plainte, vous ramène à Imlil en fin d’après-midi, où le thé à la menthe et le tajine ont meilleur goût que n’importe quel repas que vous ayez jamais mangé.
Mais le Toubkal n’est qu’une des histoires que raconte l’Atlas. Les villages éparpillés dans ces vallées forment le récit plus discret, plus profond. Dans des hameaux comme Armed et Aremd, des maisons à toit-terrasse en terre battue et en pierre s’empilent contre la colline dans des teintes de terre cuite et de gris. Des canaux d’irrigation — anciens, ingénieux — acheminent l’eau de fonte des neiges à travers des jardins en terrasses où poussent orge, noyers, pommes de terre et cerisiers sur des parcelles pas plus larges qu’une table de cuisine. Les femmes portent des fagots de bois sur des chemins que les ânes empruntent sans se plaindre. Des enfants apparaissent sur les seuils, curieux mais sans hâte. Le temps, dans ces villages, avance au rythme des saisons, pas des heures.

La vallée de l’Ourika, à peine à une heure de Marrakech, offre une introduction plus douce à la vie de l’Atlas. La rivière dévale des rochers entre des fermes en terrasses, et une série de cascades au fond de la vallée récompense une courte randonnée de fraîcheur et de vasques couleur émeraude. Le lundi, le souk hebdomadaire de Tnine Ourika rassemble les villageois des collines alentour pour échanger légumes, épices, bétail et nouvelles — une scène qui n’a guère changé depuis des siècles. La vallée est prisée des Marrakchis qui fuient la chaleur estivale, et la route est bordée de restaurants perchés au-dessus de la rivière, leurs tables ombragées de figuiers.
Plus loin, la vallée d’Aït Bougmez — dite la Vallée Heureuse — reste l’un des secrets les mieux gardés du Maroc. On y accède par une route de montagne sinueuse, asphaltée seulement depuis peu. Cette vallée large et fertile est un patchwork de champs de blé et de luzerne délimités par des villages en pisé, sous le regard des pics dramatiques du massif du Mgoun. La randonnée y est superbe et solitaire : on peut marcher des jours entiers, dormir dans des gîtes de village, sans croiser un seul autre voyageur étranger. L’hospitalité y est d’une générosité stupéfiante — on vous invitera à partager des repas chez des gens qui n’ont presque rien, on vous offrira la meilleure place et le premier verre de thé, et on vous enverra sur votre chemin avec des bénédictions qu’on n’a pas besoin de comprendre pour les ressentir.
Les routes de montagne sont des destinations en elles-mêmes. Le col du Tizi n’Test, qui monte à 2 100 mètres, est un chef-d’œuvre d’ingénierie et de sang-froid, ses lacets révélant des paysages qui passent de la prairie alpine à la gorge aride en un seul virage. Le Tizi n’Tichka, route principale vers Ouarzazate, est plus clément mais non moins spectaculaire, son sommet offrant un panorama de crêtes qui semble ne jamais finir. Et en hiver, chose improbable, la station de ski d’Oukaimeden — la plus haute d’Afrique à 2 600 mètres — propose des pistes à seulement deux heures des palmiers de Marrakech, rappel que le Maroc est un pays qui refuse de se laisser réduire à une seule histoire.
Quand y aller : D’avril à juin pour les fleurs sauvages qui tapissent les vallées et les rivières gonflées par la fonte des neiges. De septembre à octobre pour les meilleures conditions de randonnée et la lumière dorée. Le Toubkal se tente idéalement de juin à septembre, quand le sommet est libre de neige. L’hiver apporte le ski à Oukaimeden et une beauté austère, silencieuse, aux hauts cols.