Les dramatiques parois de canyon rouge sculptées par la rivière Dadès, ponctuées de kasbahs et de villages parfumés de roses.
Nous sommes arrivés dans les Gorges du Dadès à la mauvaise heure — passé deux heures de l’après-midi, quand le soleil s’aplatit contre les parois du canyon et que la roche rouge cesse d’être belle pour devenir implacable. La route depuis Boumalne rétrécissait à mesure que les falaises se resserraient, et je n’arrêtais pas de me garer non pour prendre des photos mais simplement pour rester là, les bras le long du corps, à essayer de contenir l’échelle de tout cela dans mon corps plutôt que dans mon téléphone.
La route qui n’en finit pas de se plier
La N10 devient autre chose une fois passé le premier virage après Aït Arbi. Elle se transforme en une de ces routes de montagne qui semblent conçues moins pour le voyage que pour la capitulation — chaque courbe en révèle une autre, les parois du canyon s’approfondissant d’un ocre poussiéreux à un rouge cru et saignant à mesure que l’après-midi avance. Lia avait cessé de parler quelque part vers le troisième lacet, ce qui m’a dit qu’elle était proprement stupéfaite. Nous avions vu des gorges avant, Todra deux jours plus tôt, mais celle-ci a un rythme différent. Todra est une cathédrale — verticale, soudaine, conçue pour écraser. Le Dadès ressemble davantage à un long poème lu à voix basse.
Les kasbahs apparaissent à intervalles irréguliers, à moitié dévorées par le temps. Certaines abritent encore des familles ; on voit le linge sur les murs et des antennes paraboliques perchées sur les tours de pisé comme des oiseaux maladroits. À Aït Ouglif, nous nous sommes arrêtés sur une terrasse et avons mangé une harira si dense de lentilles et de tomate que la cuillère tenait debout, et l’homme qui l’avait apportée nous a dit — sans qu’on le lui demande, dans un français appliqué — que son grand-père avait construit la kasbah de l’autre côté de la route avant le protectorat français. Il l’a dit comme un fait avec lequel il décidait encore quoi faire.
Les roses dont personne ne parle
Ce qui m’a pris par surprise, c’étaient les roses. Les villages dans la partie basse des gorges — notamment du côté de Msemrir — cultivent des roses de Damas pour les distilleries, et fin avril l’odeur est partout : douce sans être entêtante, plus comme le souvenir de la douceur que la chose elle-même. J’avais lu quelque chose sur le festival des roses à El Kelaa M’Gouna, plus bas dans la vallée, mais rien ne m’avait préparé à cette odeur traversant la poussière minérale du canyon au crépuscule, arrivant sans prévenir portée par un courant d’air chaud. Ça ne devrait pas fonctionner. La roche de canyon et les pétales de rose n’ont aucune raison de partager la même phrase. Et pourtant c’est là, une de ces combinaisons qui rendent un endroit singulier, comme s’il ne pouvait exister nulle part ailleurs.
Nous avons passé la nuit dans un gîte juste après la célèbre formation des doigts de singe, là où la paroi du canyon se divise en une rangée de colonnes aux nœuds arrondis qui brillent d’un ambre profond dans les dernières lueurs. Le dîner était un tajine d’agneau aux pruneaux et au safran, mangé sur la terrasse du toit tandis que les parois du canyon s’obscurcissaient par le bas.
Quand y aller : De mars à mai pour la floraison des roses et des températures supportables ; fin septembre et octobre pour des ciels dégagés et la lumière d’or de l’après-midi sans la chaleur de l’été.
